M’barek Bouhchichi devrait percer sur le second marché

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Représenté par de nombreuses galeries au Maroc et à l’international, M’barek Bouhchichi mène une solide carrière qui lui vaut d’être présent dans des événements comme la Biennale de Dakar ou la foire 1-54. Un artiste brillant dont le second marché commence à prendre la mesure.

M’barek Bouhchichi vit, crée et enseigne l’art à Tahanaout, au Maroc. Enseigner l’art est un véritable engagement pour lui car cela implique de jouer un rôle social décisif en participant à la construction de la création contemporaine du pays. Cette mission essentielle lui offre aussi la chance de rester en contact avec les nouvelles générations et les changements sociétaux dont les jeunes sont porteurs. Or, les pratiques artistiques de M’barek Bouhchichi se nourrissent de ces engagements-là : se souvenir et questionner l’histoire tout en restant largement ouvert sur la modernité.

Vendu 3 500 $ M’barek Bouhchichi, Terre, terre cuite, 110 x 150 cm. © Sotheby’s

Né en 1975 à Akka, l’artiste a la vocation précocepuisqu’il commence à peindre à l’âge de 19 ans. Au fil des années, son travail s’ouvre à une diversité de médiums. Il marque les esprits avec des installations dont le « matérialisme conceptuel » et poétique implique toujours une analyse des systèmes sociaux, des mécanismes de discrimination a  l’encontre des Haratine, peuple noir du sud du Maroc. L’une de ses installations à forte résonance a intégré les collections du Centre Pompidou en 2020. Il s’agit d’Imdyazne #3 (2018), une oeuvre constituée de treize bâtons appuyés contre un mur.

Réalisés en bois et en cuivre, les bâtons ciselés en surface transportent avec eux les vers du poète M’Barek Ben Zida (1925-1973), un poète paysan noir de Tata praticien de l’ahwach, une forme de poésie orale accompagnée de musique, de danse et souvent pratiquée sous forme de joutes. À travers Imdyazne#3, M’barek Bouhchichi insuffle une nouvelle forme aux mots, mais pas seulement : « En apportant un éclairage nouveau sur les activités traditionnellement associées aux Noirs dans le sud marocain, M’barek Bouhchichi bouleverse symboliquement les divisions établies  de l’espace et du travail. Il effectue des prélèvements dans la réalité sociale, qu’il convertit en formes physiques », pour reprendre les mots de l’écrivain Omar Berrada dans un très beau texte consacré à l’artiste sous le titre « Mémoire et Matière ».

Imdyazne, 2018, détail avec les vers du poète M’Barek Ben Zida en écriture amazigh.

La peinture, un format idéal

Depuis 2018, année de sa participation à la 13e édition de la Biennale de Dakar et à la foire 1-54 Londres où il était représenté par la galerie Voice (Marrakech), le travail de M’barek Bouhchichi est défendu par un nombre grandissant d’institutions et de galeries, parmi lesquelles Selma Feriani (Tunis), Valentina Bonomo (Londres) et l’Atelier 21 (Casablanca). Les collectionneurs internationaux découvrent donc son travail depuis quatre ans seulement, alors que sa notoriété est établie au Maroc depuis longtemps, que ses oeuvres ont gagné de belles collections privées sur place et que certaines reviennent déjà sur le marché des enchères.

En 2017, la CMOOA soumettait en effet aux enchérisseurs de Casablanca une gravure sur caoutchouc de près de deux mètres, Moroccan Pattern #1 (2017), cédée pour plus de 5 000 $. En 2021, Artcurial renoue, depuis Marrakech, avec une vente autour de 5 000 $ pour un portrait sans titre tout juste sorti de l’atelier. Cette vente au double de l’estimation basse envoie alors un signal favorable quant au retour de l’artiste à la peinture.

M’Barek Bouhchichi, yobba, 2020, expo The Silent Mirror, L’Atelier 21

Les collectionneurs privés sont en effet plus enclins à acheter des oeuvres réalisées sur des supports classiques plutôt que des installations impliquant une logistique parfois lourde (stockage, modalité d’exposition, conservation). Une installation de M’barek Bouhchichi vendue aux enchères l’année dernière – Terre, constituée d’une multitude de petites têtes de différentes couleurs en terre cuite – a vu son prix plafonner à 3 500 $ seulement lors d’une vente caritative au profit du Norval Sovereign African Art Prize 2022.

Les collectionneurs ont manqué de nerf pour soutenir cette première installation en salle, dont le prix reste dans la fourchette basse de son estimation. Mais l’aspect positif de cette vente repose sur le fait qu’elle se tenait chez la puissante Sotheby’s New York, dont le réseau planétaire de collectionneurs est désormais informé que M’barek Bouhchichi est un artiste à suivre.

Par Céline Moine, Artmarket by Artprice.com