Art Basel : les galeristes veulent croire à un changement de vent // Art Basel Paris: dealers sense a change in the air

Avec plus de 200 galeries réunies au Grand Palais et un marché en repli, certains galeristes refusent pourtant la morosité. Entre optimisme affiché,  « effet musée » et forte présence des Modernes, Art Basel Paris 2025 laisse percevoir, en filigrane, les légers déplacements d’un écosystème en quête d’équilibre.
À voir la queue de professionnels et collectionneurs se masser devant le Grand Palais quelques minutes avant l’ouverture de la foire Art Basel Paris, on peine à croire que le marché accuse, depuis deux ans, un ralentissement. Le rapport Art Basel-UBS 2025, baromètre de la profession, est pourtant catégorique : « les ventes sur le marché mondial de l’art ont reculé de 12% en 2024 ». Protectionnisme, incertitudes géopolitiques, les facteurs sont connus. Pourtant certains galeristes s’insurgent : « Il faut arrêter de dire que le marché est en berne, explique Mariane Ibrahim. Certes, nous ne sommes pas dans une phase d’explosion, mais nous connaissons notre audience, et elle nous connaît. Les galeries qui restent fidèles à leur ADN, avec une identité claire, s’en sortent mieux. La difficulté touche surtout celles qui tâtonnent encore et cherchent leur positionnement. » Mariane Ibrahim veut croire en une certaine résilience et estime ne pas être concernée par la morosité du marché. Trois jours de foire semblent la conforter en ce sens : la galeriste en était à son 3e accrochage. Elle a notamment vendu, dès la preview, un portrait brodé de Amoako Boafo estimé entre 250 000 et 300 000 euros et une tapisserie de la jeune artiste germano-ghanéenne  Zohra Opoku qui fera partie de l’exposition d’Ibrahim Mahama  à la Fondation Cartier en octobre 2026, en tant qu’artiste invitée. « À Art Basel cette année, il y a quand même un effet d’entraînement dans les acquisitions », estime aussi le galeriste Templon qui veut y voir « l’un des signes tangibles d’un redressement du marché ». Sur son stand, deux toiles de Omar Ba (90 000 – 95 000 euros) ont trouvé acquéreurs. Régulièrement présenté en foire, l’artiste sénégalais bénéficie d’une cote désormais bien stabilisée. Une encre d’Abdelkader Benchamma a également été vendue. « Quand le marché n’est pas au mieux, des œuvres autour de 20 000 €, ça se vend encore facilement. » ​​À Art Basel, l’accessibilité ne semble plus un gros mot. Un virage du marché ? C’est du moins une tendance que confirme le rapport Art Basel-UBS qui observe « des ventes plus soutenues dans certains segments à prix plus bas ». Ce qui laisse deviner l’arrivée de nouveaux acheteurs, estime-t-il.  

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Vue de La femme aux Macarons de Modigliani sur le stand de Pace.

L’effet musée

Il faut pourtant nuancer. Avec un coût de stand compris entre 700 et 965 euros le m² selon The Art Newspaper, les galeries sont largement incitées à sortir l’artillerie lourde, surtout celles positionnées aux premières loges dans la nef du Grand Palais. On y retrouve beaucoup de Modernes dont la fameuse Femme aux Macarons, un petit format de Modigliani tout droit sorti d’une collection privée et acquise par un musée européen pour 8,5 millions d’euros, sur le stand de Pace. La proposition de Kamel Mennour regorgeait de Modernes (Dubuffet, Magritte, Matisse, Picabia, Picasso, Foujita,…) parce que ceux-ci sont une valeur sûre en période d’incertitude du marché mais aussi qu’ils restent recherchés par certaines institutions du Golfe, en pleine constitution de collections permanentes. Et ce n’est pas l’entrée du Qatar au board du groupe MCH et le lancement en février prochain d’une mouture qatarie qui fera penser le contraire. Ni même l’installation de Frieze à Abu Dhabi, ces mastodontes flairant les affaires dans cette partie du monde. D’une allée à l’autre, les stratégies sont lisibles, avec des œuvres d’artistes portés par des expositions majeures. Chez David Zwirner, un mobile de Ruth Asawa, actuellement au MoMA, attire l’œil ; Gerhard Richter apparaît sur plusieurs stands, dont celui de Hauser & Wirth, alors qu’une vaste rétrospective lui est consacrée à la Fondation Vuitton et Philip Guston (Hauser & Wirth) est présenté avec Brick Wall (1977), visible parallèlement au Musée Picasso à Paris. On sera étonné du nombre de Dubuffet proposés ici et là, à moins que l’on se souvienne du succès de l’exposition Art Brut il y a quelques mois au Grand Palais. La galerie Michael Rosenfeld a aussi misé sur l’effet « vu au musée ». Avec une dizaine de toiles de Bob Thompson, artiste afro-américain mort très jeune et redécouvert par le public européen lors de l’exposition « Paris Noir » au Centre Pompidou, la galerie américaine signe un des plus beaux stands de cette édition. De toute beauté, le petit autoportrait de 1958 était estimé à 450 000 dollars.

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Bianca Bondi, Bloom, 2025, technique mixte sous vitrine en plexiglas, 30 × 30 × 50 cm, pièce unique, courtesy de Mor Charpentier.

Artistes africains portés par l’international 

Les galeries africaines restent, cette année encore, peu représentées. Et contrairement à l’an passé, aucune galerie marocaine n’était au rendez-vous. Dispersées dans la foire, la sud-africaine Stevenson côtoyait non loin Selma Feriani. La galerie tunisienne revenait avec un stand épuré avec de très belles esquisses d’Aymen Mbarki, des fusains de la nouvelle série de Nidhal Chamekh (10 500 – 14 000 euros le grand format) dont l’un avait trouvé acquéreur en début de foire. La pièce la plus imposante du stand, un très grand format terreux de Monia Ben Hamouda s’est également vendu, nous confiait la galerie qui s’est vue approcher par la Fondation Sandretto Re Rebaudengo de Turin. Cécile Fakhoury, également de retour, se démarquait en proposant un solo show photographique de Binta Diaw alors même que la photographie est un médium qui n’occupe qu’une place réduite à Art Basel. « Nous avons osé sortir de notre zone de confort en montrant autre chose que de la peinture, et le pari a payé », assure la galerie. La galeriste, présente à Abidjan, Paris et Dakar fera en février prochain son grand retour à la 1-54 Marrakech après plusieurs années d’absence. Elle soutiendra également en parallèle de la foire une exposition de Elladj Lincy Deloumeaux au Musée de la Parure de Marrakech avec des pièces inédites inspirées des trésors de ce musée et de l’artisanat marocain. Non africaine mais spécialisée dans l’art contemporain du continent, Magnin A a renouvelé son accrochage et a notamment vendu une magnifique œuvre de Billie Zangewa (autour de 100 000 euros). Si la présence de galeries du continent reste encore marginale, les artistes africains ne sont pas pour autant absents du grand raout de l’art contemporain qu’est Art Basel. Mais un profil se démarque nettement : des artistes déjà portés par les grandes instances de validation à l’image de Moffat Takadiwa sur le stand de Semiose. « Il a consolidé son public, bien au-delà du continent africain, explique le fondateur de la galerie Benoît Porcher. Les ventes sont régulières, son marché est aujourd’hui stable et international. » De fait, l’artiste est passé par le pavillon du Zimbabwe à la Biennale de Venise en 2024, puis par celle de São Paulo cette année. Une grande toile du Ghanéen Gideon Appah — présent dans plusieurs collections prestigieuses dont celle de Pinault — est partie à 100 000 dollars chez Pace qui présentait aussi une petite œuvre de Yto Barrada. L’artiste franco-marocaine, qui participera à la prochaine Biennale de Venise, se retrouvait également sur le stand de la galerie germano-libanaise Sfeir-Semler. Malheureusement, les artistes marocains étaient peu visibles cette année sur les stands, hormis Meriem Bennani et Yto Barrada. 

Emmanuelle Outtier

With more than 200 galleries gathered under the glass roof of the Grand Palais and a cooling market, many dealers still refuse to give in to gloom. Between cautious optimism, a strong “museum effect,” and a marked return to the Moderns, Art Basel Paris 2025 subtly reflects the shifting balance of an ecosystem searching for stability.
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Vue générale d’Art Basel.
Seeing the long line of collectors and professionals outside the Grand Palais minutes before the opening of Art Basel Paris, one could easily forget that the art market has been slowing for two years. Yet the 2025 Art Basel & UBS Art Market Report leaves little room for doubt: global art sales declined by 12% in 2024. Protectionism, geopolitical uncertainty—the causes are familiar. Still, not everyone agrees with the diagnosis. “We have to stop saying the market is down,” says Mariane Ibrahim. “Of course, it’s not a boom period, but we know our audience, and they know us. The galleries that stay true to their DNA, with a clear identity, are doing well. The challenge lies with those still looking for their place.”
For Ibrahim, resilience is the word. Three days into the fair, her results speak for themselves: she had already re-hung her booth three times. Among the early sales were a hand-embroidered portrait by Amoako Boafo (priced between €250,000 and €300,000) and a tapestry by the young German-Ghanaian artist Zohra Opoku, who will feature in Ibrahim Mahama’s exhibition at the Fondation Cartier in 2026 as a guest artist. “There’s definitely momentum in acquisitions this year,” agrees Daniel Templon, who interprets this as “one of the tangible signs of a market rebound.” Two paintings by Omar Ba (between €90,000 and €95,000) quickly found buyers, and a drawing by Abdelkader Benchamma also sold. “When the market softens, works around €20,000 still move easily.” At Art Basel, accessibility no longer seems a dirty word. A turning point? The Art Basel-UBS report confirms the trend, noting “stronger sales in lower-price segments”—an indication, perhaps, of new buyers entering the fold.
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Philip Guston, Brick Wall, 1977, huile sur toile, 153,7 × 173,4 cm, courtesy de The Estate et Hauser & Wirth.
The Museum Effect
The picture, however, is more complex. With booth costs ranging from €700 to €965 per square metre, according to The Art Newspaper, galleries are encouraged to bring out their heavy artillery—especially those positioned in the Grand Palais’ central nave. Modern masters dominated the scene: on Pace’s stand, Modigliani’s Femme aux Macarons, a small-format painting from a private collection, was sold to a European museum for €8.5 million.
Kamel Mennour’s presentation was also rich in Modern works (Dubuffet, Magritte, Matisse, Picabia, Picasso, Foujita…)—not surprisingly, given that such names remain safe investments in uncertain times and continue to attract major institutions in the Gulf, currently building their permanent collections. The recent entry of Qatar into the board of the MCH Group and the upcoming launch of a Qatari edition of Art Basel in early 2026 seem to confirm the trend, as does Frieze’s expansion into Abu Dhabi.
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Bob Thompson, Nativity, 1961, huile sur toile, 92,7 × 102,9 cm, courtesy de Michael Rosenfeld Gallery, New York.
Across the aisles, strategies were easy to read: many galleries opted to show artists currently in the museum spotlight. David Zwirner featured a Ruth Asawa mobile currently on view at MoMA; Gerhard Richter appeared on several stands, including Hauser & Wirth’s, as the Fondation Vuitton opens a major retrospective; and Hauser & Wirth also presented Philip Guston’s Brick Wall (1977), shown concurrently at the Musée Picasso in Paris. Dubuffet was everywhere—a reflection, perhaps, of the recent success of the Art Brut exhibition at the Grand Palais.
Michael Rosenfeld Gallery also played the “museum effect” card to great effect, with a stunning stand devoted to Bob Thompson, the African-American painter who died young and was rediscovered by European audiences through the Paris Noir exhibition at the Centre Pompidou. His small Self-Portrait (1958), estimated at $450,000, was among the fair’s most striking works.
African Artists on the International Stage
Once again this year, African galleries were few and far between. Unlike last year, none came from Morocco. Scattered across the fair, Stevenson (South Africa) was positioned near Selma Feriani (Tunisia), which returned with a minimalist booth showing refined drawings by Aymen Mbarki and charcoal works by Nidhal Chamekh (€10,500–€14,000 for large formats), one of which sold early in the fair. The stand’s centrepiece—a large, earthy canvas by Monia Ben Hamouda—was also sold, and the gallery reported being approached by the Fondazione Sandretto Re Rebaudengo in Turin.
Cécile Fakhoury (Abidjan, Paris, Dakar) stood out with a solo presentation of photographs by Binta Diaw, even though photography remains rare at Art Basel. “We wanted to step out of our comfort zone and show something beyond painting—and it paid off,” said the gallery. Fakhoury will also return to 1-54 Marrakech in February 2026 after several years’ absence, while supporting a parallel exhibition by Elladj Lincy Deloumeaux at the Musée de la Parure de Marrakech.
Magnin A, though not African, continued its focus on contemporary art from the continent, renewing its display and selling a striking work by Billie Zangewa for around €100,000.
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Vue du stand de Mariane Ibrahim avec une œuvre brodée de Amoako Boafo
While galleries from Africa remain under-represented, African artists themselves were by no means absent from Art Basel’s global stage. A particular profile stood out: artists already validated by major international institutions. At Semiose, Moffat Takadiwa—who represented Zimbabwe at the 2024 Venice Biennale and São Paulo this year—confirmed his growing market stability. “He has consolidated his audience well beyond the continent,” said gallery founder Benoît Porcher.
At Pace, a large painting by Ghanaian artist Gideon Appah, whose works are held in major collections including Pinault’s, sold for $100,000. The gallery also presented a small piece by Franco-Moroccan artist Yto Barrada, who will take part in the next Venice Biennale and was also featured on the stand of the German-Lebanese gallery Sfeir-Semler. Moroccan artists, however, were mostly absent this year—with the exception of Barrada and Meriem Bennani.
Emmanuelle Outtier
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Kudzanai-Violet Hwami, Father in Pin Light, 2017, huile sur toile, 125,5 × 121,5 cm, courtesy de Victoria Miro.