Art Brussels : un marché en berne

Dans une ambiance commerciale plombée par un contexte économico-politique anxiogène, la foire a révélé plusieurs talents du continent à un public belge avide de découvertes. 
Du 25 au 27 avril, s’est tenue la 41e édition de la foire Art Brussels avec 165 galeries, principalement européennes. Dans un marché au ralenti,  plusieurs artistes africains ont tout de même attiré l’attention des amateurs belges et européens, notamment la Congolaise Géraldine Tobé à laquelle la galerie parisienne Afikaris consacrait un solo show. L’artiste dévoilait sa nouvelle série Sans Visage  —  où la fumée encre la toile —  soit une méditation puissante sur l’invisibilité, l’identité et la mémoire collective. Quatre des six grandes toiles (12 000 € pièce) sont parties dans de belles collections privées belges. Autre découverte, le focus de la galerie hollandaise Ron Mandos sur Mounir Eddib, Belgo-Marocain de 30 ans qui développe un travail autour de l’histoire de sa famille. Originaires de Guelmim, ses grands-parents sont arrivés en Belgique dans les années 1970 pour travailler dans les mines du nord-est du pays, comme beaucoup de Marocains, suite aux accords sur la main-d’œuvre passés entre les deux États, en 1964. En se basant sur des archives photographiques, Mounir Eddib réalise des œuvres mémorielles composées de matériaux récupérés sur les anciens sites miniers tels que le ciment, le plomb ou le goudron — également appelé qatran et utilisé au Maroc pour se protéger contre le mauvais œil. Dès l’ouverture de la foire, plusieurs institutions de la région (dont le Bonnefantenmuseum de Maastricht) ont été séduites par ces créations originales sur la diaspora, abordant également l’histoire de l’industrie, et ont acquis plusieurs pièces (entre 1 600 et 8 500 €).

Diptyk---Magnin--A-
Vue des tableaux du Congolais Houston Maludi (gauche), des peintures du Malien Amadou Sanogo (droite) et de la Sirène du Sénégalais Ndary Lo sur le stand de la galerie Magnin-A, Paris. © Nicola Morittu.
Courtesy of Magnin-A, Paris

Fatiha Zemmouri, Lebohang Kganye et Youcef Korichi« Dans un contexte difficile, c’est devenu problématique d’acheter de l’art au-delà d’un prix coup de cœur qui, revu à la baisse depuis quelques années, tourne autour de 8 000-10 000 € aujourd’hui », note Alex Reding, co-fondateur de la galerie belgo-luxembourgeoise Nosbaum Reding. Sur son stand, il présentait un grand diptyque en terre d’Al Haouz de Fatiha Zemmouri (32 000 €) issu de sa nouvelle série de cartographies qu’il expose également, en solo show, pour la première fois dans sa galerie belge. Lors du vernissage le 23 avril, la diaspora s’était déplacée, à commencer par l’ambassadeur du Maroc en Belgique, Mohammed Ameur. Plusieurs personnes découvrant l’artiste marocaine sur la foire ont poursuivi leur visite à la galerie, ce qui laisse présager de potentielles futures ventes. Très beau succès d’estime également pour le solo show de la Sud-Africaine Lebohang Kganye sur le stand de la galerie bruxelloise La Patinoire Royale qui lui consacre parallèlement une grande exposition en ville. La série de pièces textiles, représentant des portraits monumentaux de sa famille, rejoint les récits sociopolitiques de son pays. Autre hotspot de la foire, un grand tableau de Youcef Korichi (23 000 €) figurant un homme en costume, sans tête ni mains, flottant dans un ciel magrittien, a attiré beaucoup d’amateurs belges, fascinés par le clin d’œil appuyé du peintre franco-algérien au maître surréaliste belge. Un important collectionneur local a mis une option d’achat dessus, en attente de confirmation. 

Diptyk---Korichi
Youcef Korichi Pantin 2
2022, huile sur toile, 200 x 200 cm. Galerie Suzanne Tarasiève, Paris. Courtesy of Youcef Karachi et Galerie Suzanne Tarasieve, Paris.

Des collectionneurs plus hésitants à la dépenseChez le Parisien Magnin-A, l’intérêt était au plus haut pour un groupe show présentant sept artistes du continent, mais le bilan commercial reste insuffisant. Les visiteurs ont été envoûtés par la monumentale sirène du sculpteur sénégalais NDary Lo (décédé en 2017). Elle a beaucoup intéressé les Belges disposant d’un jardin comme pièce d’extérieur (autour de 40 000 €) : le sujet était toujours en discussion après la foire. Si chez Templon (Paris, Bruxelles, New York), une « petite » toile (110 x 90 cm) du peintre algérien Bilal Hamdad est partie dès l’ouverture à 18 000 €, une seconde toile d’un plus grand format (autour de 35 000 €) n’a pas trouvé preneur à l’issue de la foire, signe de la morosité du marché. Pour mémoire,  Bilal Hamdad a rejoint l’écurie Templon l’an dernier après ce que le galeriste décrit comme un « coup de foudre pour une peinture réfléchie d’une grande virtuosité technique », comparant l’artiste à un « héritier des grands peintres classiques espagnols, tels que Velázquez ». Il a d’ailleurs signé un rare sold-out lors de son premier solo show à Bruxelles en septembre 2024. Hamdad poursuit donc sa lancée : il sera à l’honneur cet automne au Petit Palais, à Paris. Armelle Malvoisin

Diptyk---Fatiha-Zemmouri
Fatiha Zemmouri Cartographie (diptyque)
2025, terre d’Al Haouz sur bois, 140 x 220 cm. Galerie Nosbaum Reding, Luxembourg, Bruxelles. © Armelle Malvoisin
Diptyk---La-Patinoire-Royale---Valerie-Bach
Vue du solo show de la Sud-Africaine Lebohang Kganye sur le stand de la galerie La Patinoire Royale – Valérie Bach, Bruxelles. © Armelle Malvoisin
Diptyk---Mounir-Eddib
Mounir Eddib Wall of safety, wall of sacrifice
2025, pétrole, schiste, goudron, plomb, ciment, cire d’abeille sur toile, 170 x 200 cm. Galerie Ron Mandos, Amsterdam. © Armelle Malvoisin
Diptyk---Templon-Sur_les_marches_230_x_160_cm_2023
Bilal Hamdad Sur les marches
2023, huile sur toile, 230 × 160 cm.
Galerie Templon, Paris, Bruxelles, New York. © Artist’s studio
Courtoisie de l’artiste et Templon, Paris, Bruxelles, New York