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Art Dubai plébiscite les artistes marocains

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L’édition 2024 de la foire émirienne a consolidé son statut de principale plateforme du golfe arabo-persique, tout en étendant son influence aux pays du Global South. L’engouement des collectionneurs de la région pour les artistes marocains s’est également confirmé sur les stands des galeries Comptoir des Mines et GVCC.

Participant pour la quatrième année consécutive depuis 2021, Comptoir des Mines Galerie (CMG) a réalisé l’un des plus beaux succès de la foire en vendant 90% de ses œuvres dès le vernissage VIP.  Les quelques pièces restantes ont rapidement trouvé acquéreur, concluant ainsi un « sold out » avant la fin de la foire. La galerie d’Hicham Daoudi exposait cinq artistes, tous marocains à l’exception de Sara Ouhaddou, française d’origine marocaine. Cette jeune artiste (lire Diptyk n°66) présentait une création récente intitulée Isoul Zman Ighzif (Time Is Still Long – Beyond Our Perception, 2024). Composée pièces de verre irakien et mauresque, cerclées de laiton, de cuivre et de bois de cèdre, ce vitrail coloré circulaire s’est vendu pour plus de 400 000 dirhams marocains (MAD) selon CMG. Forte de sa participation remarquée à la Biennale des arts islamiques de Djeddah en 2023 et de son entrée dans les collections permanentes du Guggenheim Abu Dhabi, Fatiha Zemmouri a également obtenu un franc succès. Tay Al Ard, triptyque de 2022 composé de terre et de pigments sur panneaux de bois, a été acheté pour environ 600 000 dirhams selon la galerie. Le vif intérêt pour cette artiste s’est également engagé sur le terrain des commandes avec des discussions en cours selon Esther Manceri, responsable marketing & communication de CMG. Les œuvres d’Hassan Darsi, Mustapha Akrim et Khadija Jayi ont connu un succès comparable, avec des transactions s’élevant entre 150 000 et 300 000 dirhams. Ce plébiscite est clairement attribuable à l’attention particulière accordée par la galerie à offrir un stand cohérent, intégré à une proposition artistique construite autour du thème du cercle, en référence à la pensée « cyclique » du grand savant arabe Ibn Khaldoun (1332-1406). La galerie remarque par ailleurs une diversité de profils parmi les acheteurs, comprenant des institutions et des particuliers, notamment libanais, marocains, français et américains, dont certains sont établis aux Émirats arabes unis.

Art Dubai 2024. Photo © Spark Media

Anne Laurence Sowan, directrice de la galerie GVCC, constate une tendance similaire parmi les acheteurs, avec une présence relativement plus marquée de Jordaniens, d’Iraniens et d’Indiens à la foire. Elle souligne par ailleurs une plus forte effervescence par rapport à l’édition de 2023 et une dynamique commerciale plus robuste que celle observée à Abu Dhabi Art, la foire concurrente à laquelle la galerie a participé en novembre dernier. GVCC présentait trois jeunes artistes marocains : Hassan Mannana, Soufiane Idrissi et Mohammed Chrouro. Cette programmation est à l’image de l’intérêt des collectionneurs et institutions de la région pour les artistes contemporains du Maghreb. Cette tendance est renforcée localement par des manifestations telles que la Biennale de Sharjah ou Desert X AlUla, dont la 3e édition a débuté en février dernier.

Cap sur les suds

Les artistes d’Afrique sub-saharienne font également leur percée sur le marché. Parmi les plus célèbres d’entre eux figure le Ghanéen El Anatsui, actuellement exposé à la Biennale de Diriyah à Riyad. La galerie Efie de Dubai a vendu deux larges pièces en bois peint et aluminium de l’artiste pour respectivement 3 500 000 et 6 000 000 dirhams, selon les chiffres de la galerie. Il convient de rappeler que ces transactions sont soumises à une TVA à 5% ainsi que des droits douane d’environ 5%, conformément à la législation en vigueur dans les Émirats arabe unis. L’impact de cette fiscalité est partiellement atténué par le fait que les résidents des pays du Golfe ne paient pas ou peu d’impôts sur le revenu.

Hassan Mannana, Sans titre, 2018, cuir et cuivre sur bois, 170 x 150 cm. Courtesy de l’artiste et GVCC.

Efie a également vendu plusieurs sculptures de la kényane Maggie Otieno et une photographie de l’Éthiopienne Aïda Muluneh, révélée par l’exposition « A World in Common » de la Tate Modern de Londres consacrée à la photographie contemporaine africaine (lire Diptyk n°65), qui s’est terminée mi-janvier 2024. Présent sur la foire, Pascale Marthine Tayou a été également mis en avant grâce à sa collaboration avec la marque de champagne Ruinart, partenaire de la foire. La galerie Continua proposait par ailleurs deux œuvres de l’artiste issues de sa série de tableaux-fresques de craies, dans la continuité de sa récente exposition à la Fondation Culturelle d’Abu Dhabi. Dans la section Art Dubai Modern consacrée à l’art moderne, la galerie ougandaise Afriart (Kampala) présentait le travail de l’artiste Samuel Kakaire dont la formation à Saint-Pétersbourg dans les années 1980, à la fin de la période soviétique, a été déterminante pour la suite de sa carrière.

En marge des foires et des méga-galeries occidentales, Art Dubai joue ainsi pleinement son rôle intégrateur du marché de l’art des pays du sud, du Maghreb à l’Asie du Sud-Est en passant par l’Afrique subsaharienne et la péninsule indienne.

Par Rémy Jarry

Art Dubai, Madinat Jumeirah, Dubaï, 28 février – 4 mars 2024

Fatiha Zemmouri, TAY AL ARD, 2022, Triptyque, Terre et pigments sur panneau de bois, 360 x 130 x 5 cm. Courtesy: Galerie Comptoir des Mines
Khadija Jayi, Les Reliques de la terre 060, 2023, Plastique brûlé et acrylique, Diam : 170 cm x Profondeur : 9 cm. Courtesy: Galerie Comptoir des Mines
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