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[Art & botanique] Episode #2 Guerilla gardening

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Dans cette deuxième partie de notre dossier, faisons cap sur la botanique comme arme de combat. Que ce soit pour dénoncer le décorum folklorisé ou pour retisser des liens entre centres villes privilégiés et périphéries délaissées, la flore devient un outil politique pour nombre d’artistes.  

À l’heure de l’urbanisation, nombre d’artistes s’emparent du motif végétal pour dénoncer la destruction du patrimoine naturel. Au Maroc, YTO BARRADA transforme le végétal en outil de réappropriation de l’espace public. Son terrain d’action ? Tanger, ville de l’entre-deux, dont le paysage change au gré des investissements massifs. Tandis que les palmiers importés du Sud du Maroc y sont plantés le long de la corniche, les espèces indigènes, ce « patrimoine invisible », disparaissent. Avec son projet photographique Iris tingitana (l’iris de Tanger) de 2007, Yto Barrada va traquer les îlots où cette fleur indigène surgit dans un dernier élan de résistance. Dans le même temps, l’artiste sillonne les rues de la ville et fait fleurir le tissu urbain à coups de bombes à graines, à la manière de la « guerilla jardinière » menée par des activistes libertaires dans les années 1970.

Yto Barrada, Iris tingitana, 2007, photographie

Cette démarche, Yto Barrada la prolonge en 2011 avec l’édition de A guide to trees for governors and gardeners, dans lequel elle critique cette « botanique du pouvoir » qui modèle le visage des villes désormais globalisées et prodigue avec un humour féroce ses conseils pour créer un décorum folklorisé lors des visites diplomatiques officielles. Un sens de l’humour que l’on retrouve chez MOHAMED FARIJI. En mai 2015, dans le Parc de la Ligue arabe à Casablanca, Mohamed Fariji et l’Atelier de l’Observatoire installent leur Serre, espace éphémère et métaphorique qui invite les artistes à faire fleurir leurs projets les plus personnels au cœur de la ville. Parallèlement, Fariji parcourt la ville blanche avec sa petite serre pleine de fleurs en plastique. L’étrangeté du dispositif suscite curiosité et débat dans l’espace public. La serre mobile permet aussi, remarque le plasticien, de « relier symboliquement le centre de la ville à ses périphéries populaires ». Pour les intégrer à un espace commun réinvesti par l’artiste et le citoyen ? Le végétal comme arme de réflexion et de changement n’est pas une tendance nouvelle au Maroc. Hassan Darsi et l’atelier de la Source du Lion s’intéressent ainsi en 2002 au parc de l’Hermitage (Casablanca), menacé de disparition. Ils réalisent avec Le Projet de la Maquette un jardin miniature du lieu qui enclenchera in fine sa réhabilitation.

Henrique Oliveira, Baitogogo, 2013

Alors qu’Yto Barrada, Mohamed Fariji ou Hassan Darsi usent du végétal comme outil de résistance, HENRIQUE OLIVEIRA imagine une nature qui prendrait d’elle-même sa revanche sur l’urbain. Avec son installation Baitogogo, présentée au Palais de Tokyo en 2013, l’artiste brésilien crée une sculpture monumentale qui s’intègre aux structures du musée pour opérer un détournement spectaculaire : les éléments architecturaux se transforment, comme grignotés de l’intérieur, en d’énormes volumes de bois noueux et tentaculaires. Les lignes géométriques du bâti contrastent avec les formes tortueuses d’un élément organique qui semble vouloir s’étendre à l’infini. Cette intrusion de la nature au cœur du bâtiment vient subvertir l’architecture et la rationalité qui l’énonce. Mais la sculpture d’Oliveira porte également un discours sur la ville, comme le signale le curateur Marc Bembekoff, qui voit en elle « la métaphore des favelas qui poussent de façon organique, révélant par-là même la déliquescence dynamique du tissu urbain de São Paulo ».

A venir dans l’épisode 3 d’Art et botanique : et si la flore permettait de réenchanter le monde? Avec Younès Rahmoun, Hicham Berrada, Miguel Chevalier, Celeste Bousier-Mougenot. 

Emmanuelle Outtier

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