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Art Paris 2020 : Les galeristes reboostés par le public

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La première foire internationale post confinement a retrouvé son public, sous la voûte du Grand Palais. Parmi les grands gagnants : les artistes africains qui ont su tirer leur épingle du jeu.

« C’est une foire d’un format réduit, mais pas au rabais », assène Guillaume Piens. Cela pourrait être le mantra de l’édition 2020 d’Art Paris. Après avoir dû basculer son édition d’avril en version virtuelle, elle est la courageuse organisation à ouvrir le calendrier du marché de l’art international. « Nous sommes la première foire au monde post confinement. Ça a été une aventure, de vraies montagnes russes entre les conditions sanitaires, le yoyo des autorisations gouvernementales, la question de l’ouverture et fermeture des frontières, etc. » Avec 38 stands de moins que l’année dernière et une fréquentation en baisse de 10 % (56 931 visiteurs tout de même, principalement français), la foire se dessine un visage plus light – en mode distanciation sociale – mais avec rapprochement stratégique à la clé. Les collectionneurs et institutionnels ont bondi de 25 % et toutes les galeries se sont félicitées d’avoir rencontré de nouvelles têtes. Mais surtout, d’avoir bien écoulé leur stand.

Kehinde WILEY, Portrait of Lay Pouleyy, 2020, Huile sur toile,  
243,84 x 182,88 cm ©Courtesy Templon, Paris – Brussels

Malgré la crainte que les visiteurs ne soient pas au rendez-vous, Art Paris tenait en main un atout certain : après un printemps morose et l’annulation d’Art Basel en juin, les collectionneurs ont eu peu d’occasion d’acheter depuis le confinement et se sont probablement présentés le portefeuille plein. De quoi ravir les poids lourds que sont Daniel Templon, qui a vendu deux diptyques d’Abdelkader Benchamma à 40 000 euros chacun, ou encore la galerie Perrotin qui participait pour la première fois, notamment avec des sculptures de Jean-Michel Othoniel à 120 000 euros. « On était une foire un peu cobaye après l’épidémie de Covid 19, remarque Nathalie Obadia, mais on s’est rendu compte qu’il était possible de travailler avec un masque. On a vendu plus d’une vingtaine d’œuvres et les collectionneurs étaient tous très contents d’être ici. »

Si les collectionneurs avaient hâte de céder à leurs envies, ce ne sont pas toujours les gros calibres qui ont eu leurs faveurs. Pour preuve, 1 heure avant la clôture de la foire un superbe Kehinde Wiley proposé à 315 000 dollars chez Templon n’avait pas encore trouvé preneur. Sur le stand de la 193 Gallery qui représente Hassan Hajjaj à Paris, si les petits formats de la star marocaine à 6 900 euros et les grands formats 18 000 euros sont bien partis, son triptyque Democrazy (2015) à 60 000 euros – pourtant assez rare – a eu plus de mal à convaincre.

Epheas Maposa, 2020, Photobooth Amnesia, huile sur toile, 127 x 94 cm. Copyright 31 PROJECT

Promesses tenues

C’est là que les artistes moins installés de la scène africaine ont su séduire les acheteurs au portefeuille plein certes, mais au budget peut-être moins conséquent qu’à l’accoutumé. Chez Obadia le Bissau-Guinéen Nú Barreto a vendu plusieurs dessins affichés à 7 000 euros, dont l’un a été acquis par une grande institution basée en Afrique de l’ouest. Le secteur « Promesses » de la foire, destiné à soutenir les jeunes galeries pendant la crise, comptait plusieurs enseignes centrées sur l’Afrique et qui ont fait un carton.

Chez la parisienne 31 Project, les toiles du Zimbabwéen Ephéas Maposa, à l’intensité surprenante pour ce jeune artiste autodidacte de 25 ans, se sont envolées entre 1 000 et 8 000 euros. Tandis que les collages 3D au charme mélancolique du Nigérian Kelani Abass affichaient un prix très séduisant de 3 900 euros.

Nú Barreto
Sentido Proibido/Sens interdit, 2019
Acrylique, crayon céramique et collage sur papier
79 x 108,5 x 3,5 cm
Crédit photo : Bertrand Huet / tutti image
 Courtesy de l’artiste et de la Galerie Nathalie Obadia Paris / Bruxelles

Chez Afikaris, jeune galerie qui a choisi depuis 2 ans le format en appartement, l’enjeu de participer à une foire d’envergure comme Art Paris était grand. « Après le confinement, étrangement on a surtout eu une activité à l’international, à distance. Avec la France c’était plus compliqué. C’est donc important pour nous d’être ici ». Le succès a été au rendez-vous puisque les toiles subtilement critiques sur l’exploitation minière du Camerounais Jean David Nkot – déjà repéré sur AKAA l’an passé et coté à 15 000 euros – étaient sold out à la fin de la foire, alors que son compatriote Moustapha Baidi Oumarou et ses peintures flashy (entre 2 500 et 11 000 euros) sont à présent sur liste d’attente.

Mehdi George Lahlou, Sans titre, avec balcon, 2020, bois, sérigraphie sur voile blanc, métal, peinture dimensions variables (environ 200 x 100 x 95 cm) édition de 3 + 1 AP galerie : RABOUAN MOUSSION

La fin d’une niche ?

« Les prix des artistes africains, par rapport à la qualité et l’engagement de leur travail, sont encore très raisonnables par rapport à d’autres artistes que l’on peut voir sur la scène occidentale. Les gens ne discutent pas trop les prix, car ils trouvent ça juste » note Véronique Rieffel, jeune galeriste installée à Grand Bassam en Côte d’Ivoire et qui vient de souffler sa première bougie. Son mélange des genres et des générations a payé. Les photos à 7 000 euros du Franco-sénégalais Alun Be sont parties dès le premier jour de la foire. Les peintures numériques de la Marocaine Najia Mehadji (entre 5 000 et 8 000 euros) ont séduit plusieurs acheteurs mais les ont aussi attiré vers son atelier de la région parisienne, vers des formats plus classiques de toiles ou de dessins.

Clay Apenouvon, Carré de survie III, 2020, Film noir plastique et couverture de survie, 250x250x35 cm

La grande sensation du stand de Véronique Rieffel est probablement le Togolais Clay Apenouvon. Il a notamment vu l’un de ses grands formats pour 25 000 euros acquis par la Fondation H de Madagascar (qui a ouvert un espace à Paris le 3 septembre dernier, ndlr). La galeriste a aussi vu défiler sur son stand la collectionneuse franco-béninoise Marie-Cécile Zinsou, la directrice du Palais de Tokyo Emma Lavigne ou encore le musée du Quai Branly. « D’autres collectionneurs sont venus sans savoir qu’on est une galerie africaine. Ils ont été attirés par les œuvres uniquement, renchérit-elle. Ensuite ils ont été très contents de savoir que les artistes étaient africains et de soutenir cette partie du monde passée un peu plus sous silence depuis longtemps. » Insérée de façon militante en 2017 par Guillaume Piens à Art Paris, la présence africaine ne semble plus être une niche. Elle est définitivement en passe de s’insérer – au même titre que l’Asie il y a une quinzaine d’années – dans le grand jeu de l’art contemporain international.

Marie Moignard

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