Arthur Jafa et Richard Prince : contrer l’apocalypse

Face aux récits de violence qui traversent l’histoire américaine, Arthur Jafa et Richard Prince font, à la Fondation Prada, de la réappropriation des images une stratégie de résistance.

Par Olivier Rachet

Vue de l'exposition « Helter Skelter » de Arthur Jafa et Richard Prince, à la Fondazione Prada, Venise.

Là n’est pas le moindre paradoxe de notre époque que de voir des institutions privées telles que la Fondation Prada ou la Fondation Pinault à Venise mettre en lumière les artistes les plus contestataires du moment. Avec « Helter Skelter », dont le titre renvoie à une chanson célèbre des Beatles composée par McCartney, mais surtout à une prédiction apocalyptique proférée en 1968 par Charles Manson appelant de ses vœux une tuerie finale entre Blancs et Noirs, la Fondation Prada établit un dialogue entre deux artistes contemporains américains, Arthur Jafa et Richard Prince, ayant fait  de la dénonciation du suprématisme blanc pour l’un et de la célébration de la contre-culture afro-américaine, pour l’autre,  l’un de leur credo respectif. Bien connues, les montages vidéo de Jafa recyclant des images d’archives (« found footage »), à l’instar de « akingdoncomethas » relative aux sermons des églises noires américaines, impressionnent toujours autant par la nervosité de leur montage. Mais l’exposition met surtout en lumière l’art de la réappropriation qu’ont en partage deux figures se réclamant des ready made de Duchamp, ayant compris à l’image de Prince osant subvertir la série des « Women » du peintre expressionniste abstrait de Kooning que l’on ne résistait au chaos qu’en le maltraitant. 

« Helter Skelter » de Arthur Jafa et Richard Prince, Fondazione Prada, Venise, jusqu’au 23 novembre 2026.