Mercredi 25 février 2026, à la Sala delle Colonne de Ca’ Giustinian, La Biennale de Venise a présenté sa 61e édition, In Minor Keys, conçue par Koyo Kouoh avant sa mort en mai 2025, et menée à terme, selon ses instructions, par l’équipe qu’elle avait constituée, Gabe Beckhurst Feijoo, Marie Hélène Pereira et Rasha Salti comme conseillers, Siddhartha Mitter comme rédacteur en chef du catalogue, Rory Tsapayi comme assistant chercheur.
Cette conférence de presse a défendu une méthode. Kouoh avait verrouillé le cadre théorique, l’architecture du parcours, la sélection des artistes et le dialogue avec eux, puis transmis un texte curatorial daté du 8 avril 2025 qui sert aujourd’hui de partition.
L’équipe l’a affirmé: In Minor Keys ne veut être ni un commentaire en continu sur l’actualité mondiale, ni une échappée hors des crises. elle se veut davantage une reconnexion frontale avec “l’habitat naturel” de l’art, l’émotionnel, le sensoriel, l’affectif, le subjectif.
Moment fort de cette présentation, l‘afformation d’un projet qui refuse le découpage classique. Pas de sections, ou chapitres, mais des motifs, des “undercurrent priorities”, une logique de courants, de passages et de seuils.
Les motifs annoncés structurent déjà l’attente, Shrines, Procession/Invocation, Schools, Enchantment, Physical and Spiritual Rest, Threshold, Creole Garden, avec deux références littéraires assumées, Beloved de Toni Morrison, Cent ans de Solitude de Gabriel García Márquez, comme boussoles de temporalités hantées, de réalisme magique et de mondes superposés.
Racontée par Rasha Salti, une scène très émouvante ancre cette biennale dans une géographie de travail qui n’est pas décorative. Elle rappelle le moment charnière d’avril 2025 à Dakar, à RAW Material, où Kouoh a fait émerger, dans l’intensité d’une semaine de travail, les affinités et synchronicités, puis les motifs qui deviendraient l’ossature dee l’édition 2026. Même l’anecdote du manguier, les fruits tombant quand certains noms d’artistes étaient prononcés, sert à dire une chose, ici la curation relève d’une écoute presque musicale!
L’annonce de la liste des 111 artistes parle “global”, et le casting penche fortement vers des pratiques déjà installées dans l’écosystème institutionnel international. On comprend avec satisfaction que l’Afrique, le monde arabe, les Caraïbes, l’Amérique latine ne sont pas ici convoqués comme des marges, mais au contraire sont intégrés comme centres de production de langage, souvent à travers des artistes déjà très installés et lisibles par les musées.
C’est peut être la vraie promesse d’In Minor Keys : écrire une polyphonie.
Dans la liste officielle des 111 invités, voici ceux qui, côté Diptyk, méritent d’être signalés en priorité, parce qu’ils viennent des Suds globaux, Afrique, Afrique du Nord, monde arabe, et qu’ils font déjà partie de nos conversations éditoriales.
Kader Attia, né à Dugny, vit entre Berlin et Paris.
Sammy Baloji, né à Lubumbashi, vit entre Bruxelles et Lubumbashi.
Ranti Bam, née à Lagos, vit entre Paris et Lagos.
Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, nés à Beyrouth, vivent entre Beyrouth et Paris.
Mohammed Joha, né à Gaza, vit à Marseille.
Walid Raad, né au Liban, vit à Medusa, New York.
Khaled Sabsabi, né à Tripoli, Liban, vit à Sydney.
Amina Saoudi Aït Khay, née à Casablanca, vit à Sousse, Tunisie.
Hala Schoukair, née à Beyrouth, vit à Beyrouth.
Berni Searle, née au Cap, vit au Cap.
Wangechi Mutu, née à Nairobi, vit entre New York et Nairobi.
Billie Zangewa, née à Blantyre, vit à Johannesburg.