Billet d’humeur : Une Biennale de Casablanca pour rien

Pourquoi s’évertuer à nommer biennale ce qui n’en a qu’une apparence lointaine ? De Dakar à Venise, en passant par Bamako, Lyon et Rabat, les biennales internationales d’art contemporain s’inscrivent toujours dans un écosystème déjà existant, dialoguent avec les lieux d’une ville, portent un regard neuf sur le monde et réussissent, avec plus ou moins de bonheur, à créer des synergies et à solliciter le public. Rien de tout cela pour la 5ème édition de la BIC (première partie) qui n’a de biennale que le nom. Que voit-on ? Trois maigres expositions à l’accrochage défaillant, des tirages photographiques indignes d’un évènement qui affiche une telle ambition, des rencontres dites professionnelles auxquelles la presse spécialisée n’est ni invitée ni associée. Après une quatrième édition qui avait souffert d’un manque flagrant d’organisation dénoncée alors par une majorité d’artistes, on est en droit de se demander ce que la curatrice Christine Eyene, critique d’art et curatrice renommée, commissaire en 2018 du Summer of photography de Bruxelles ou co-commissaire en 2012 de la Biennale de Dakar, est revenue faire dans cette galère ?

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Kyoo Choix, Les systèmes de Savoir (détail), 2022, installation, dessin sur papier, calque collé sur toile et coffret d’archive, dimensions variables.

On pourra néanmoins se rendre à l’American Arts Center pour découvrir le superbe travail de l’artiste franco-coréenne Kyoo Choix dont l’installation Les Systèmes de savoir, produite pour l’occasion, est l’une des rares œuvres à entrer dans un dialogue fécond avec la thématique de la manifestation « Les mots créent des images », si peu exploitée par ailleurs. Le travail que le photographe marocain Brahim Benkirane consacre à l’école publique vaudrait le détour si la scénographie lui accordait une meilleure place. L’exposition curatée par Selma Naguib à So Art Gallery propose des travaux intéressants de Sharlene Khan et Alice Mann, mais paresseusement rattachés à une thématique décoloniale dans l’air du temps. On passera sous silence l’accrochage sordide du Bic Project Space qui ne rend nullement honneur au travail de Khadija Tnana et de Ziad Naitaddi.

Au final, la question que l’on se pose est de savoir de quel droit on peut usurper le mot de biennale et le nom de la ville de Casablanca pour produire un évènement  qui nuit à la réputation de la ville et de tous les efforts d’un pays à construire une scène contemporaine qui tienne la route !
La rédaction
Biennale Internationale de Casablanca – 5ème édition (première partie), du 17 novembre au 17 décembre 2022 – American Arts Center / So Art Gallery / BIC project Space.

Visuel en Une : vue d’exposition lors du vernissage de la 5ème édition de la biennale internationale de Casablanca, le 17 novembre 2022 à l’American Arts Center. ©biennale internationale de Casablanca.

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