[Books&Days] Cherche artiste pour penser le nouveau monde

Alors que le monde, confiné, s’interroge sur son avenir, l’essai  Renaissance sauvage ; L’art de l’Anthropocène de Guillaume Logé tombe à pic. « Un tournant radical est amorcé, annonce-t-il en ouverture. L’Anthropocène, cette nouvelle ère géologique qui reconnaît l’activité humaine comme première cause de transformation de la Terre, impose de repenser la manière dont on habite le monde ». Une révolution anthropologique est en cours, dont on commence à peine à mesurer les effets. Une révolution tout aussi radicale qu’à l’époque de la Renaissance où furent à la fois interrogées la place de l’homme sur Terre et celle de la Terre dans l’univers. Une révolution anthropocentrique et héliocentrique qu’incarna à la perfection Léonard de Vinci qui eut très vite « la conviction que tous les éléments entretiennent des relations entre eux et avec l’homme ». Aujourd’hui encore, « il n’y a pas de coupure entre l’homme et son environnement, prévient Logé, mais au contraire, une continuité qu’il appartient à l’art de manifester sur un mode conceptuel – celui de l’œuvre. » 

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EcoLogicStudio (Claudia Pasquero et Marco Poletto), XenoDerma, cubes en plexiglas, soie d’araignées.
Courtesy : Urban Morphogenesis Lab (groupe de recherche : Claudia Pasquero, Filippo Nassetti, Manos Zaroukas, Meng Xuan, Xiab Liang) Photo © EcoLogicStudio

Pour l’auteur – docteur en esthétique, histoire et théorie des arts et en sciences de l’environnement – nous serions donc à l’aube d’une Renaissance sauvage, l’homme se découvrant aujourd’hui en interdépendance avec les phénomènes naturels et techniques qui l’entourent. Il ne surplombe plus le monde mais se retrouve pieds et poings liés avec le devenir même de l’univers : « l’homme découvre à quel point il est intégralement engagé au sein du réel ». Nombre d’artistes en ont une conscience aiguë et réintroduisent la nature dans leurs oeuvres. Figure de cette mouvance artistique qui use du vivant comme matériau, Tomàs Saraceno compose depuis 2012 ses installations monumentales Hybrid Webs avec des toiles d’araignées. « La forme de l’œuvre est le résultat du travail de différentes espèces qui ont enchevêtré leurs fils les uns avec les autres. Il y a coparticipation des araignées entre elles, et de l’artiste avec les araignées. » L’artiste ne crée donc plus « contre les forces du réel », mais avec elles selon un principe que Logé définit par le beau néologisme de « concordanse ».

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Hicham Berrada, Les augures mathématiques, 2017-2018, photographie, aquariums.
Courtesy de l’artiste et galerie Kamel Mennour, Paris/London
© ADAGP Hicham Berrada. Photo © Hicham Berrada

Conscient désormais que tout est flux – flux d’informations traversant « en continu les différents niveaux de réalité », mais aussi flux de conscience traversant nos différents niveaux de perception –, cet artiste « sauvage » adopterait moins une attitude écoresponsable qu’il inventerait les possibles de demain loin des promesses fallacieuses « technoscientifiques et transhumanistes ». C’est dans le design et l’architecture que Logé perçoit ce renouveau dont témoigne par exemple l’exposition « La fabrique du vivant  » présentée par le Centre Pompidou, au printemps 2019. On y découvrait « une scène émergente de créateurs, designers, architectes, scientifiques, collaborant dans le but d’inventer des processus de fabrication et des objets à même de naître d’un milieu, de s’adapter et d’évoluer avec lui. » Parmi eux Hicham Berrada dont Les augures mathématiques – résultats de combinaisons de métaux –  rendaient visibles les interactions chimiques qui procèdent dans la nature. En cette période de remise en question, Renaissance sauvage ; L’art de l’Anthropocène apporte sa pierre à une réflexion nécessaire.

Guillaume Logé, Renaissance sauvage ; L’art de l’Anthropocène, éditions PUF, 224 p., 280 DH.
Olivier Rachet

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