
Jeudi : Majorelle et Guéliz
Le quartier Majorelle, avec son célébrissime jardin et ses boutiques trendy, reste – comme Jamaâ el-Fna ! – l’un des incontournables de Marrakech. Pour commencer piano piano, arrêt obligé dans le nouvel espace de Khalid Fine Arts Gallery, à deux pas du Musée Yves Saint Laurent. Le peintre marocain Badr Bourbian, rare et discret, y présente une série de portraits comme pétris dans la glaise.
« Le plus cinéphile des grands couturiers », disait François Truffaut : le musée Yves Saint Laurent consacre, avec « Yves Saint Laurent en scène », une exposition aux liens du créateur avec le 7e art. Celui qui conçut la garde-robe de Catherine Deneuve dans Belle de jour avait plaisir à animer un « Illustre théâtre » de carton sur lequel défilaient ses personnages imaginaires. On en retrouvera une maquette inédite accompagnée de nombreux dessins et croquis.
Avant le marathon de la Nuit des galeries, pause bienvenue : un café au Studio du Musée Yves Saint Laurent ou un verre dans le jardin ombragé de La Taverne face au cinéma Le Colisée. Dans un appartement jouxtant ce bar-restaurant historique de Guéliz, la jeune curatrice Yasmine Sarnefors signe « What faces do not say », un accrochage autour du portrait avec des peintres marocains et français qui nous tiennent à cœur : Mohamed Saïd Chair, Lassana Sarre ou Yasmine Laraqui.
À partir de 18h, place à la déambulation. D’une galerie à l’autre, Guéliz dévoile son charme composite, entre restos branchés et vestiges Art déco délabrés. À La Galerie 38, on découvre le solo show de Ghizlane Agzenai, adepte de peinture cellulosique et d’abstraction géométrique, mais aussi une exposition collective, « Le Manifeste des Possibles (volume 3) », qui célèbre les 15 ans de la galerie avec des œuvres de Soly Cissé ou Barthélémy Toguo. Dans la même rue, la galerie Siniya 28 présente le plus californien des peintres marocains, Rachid Bouhamidi, dans un dialogue inattendu entre gnawa et Palm Springs !
Pause au Pétanque Social Club, the place to be où se croisent Gen-Z branchée et bohème marrakchie. En sortant, la Loft Art Gallery joue les aimants. Vernissages très courus, visages familiers : toute la scène marrakchie s’y donne rendez-vous.
Enfin, au Comptoir des Mines, joyau Art déco, l’expérience commence par l’architecture : un escalier en granito, rythmé par une installation pop de Hassan Hajjaj. Au premier étage, la galerie casablancaise L’Atelier 21 réunit deux figures majeures de l’art marocain, Yamou et Najia Mehadji, autour de l’acte de peindre et des forces de la Nature. Au second, Yasmina Alaoui présente « Sarabande », mêlant des photographies épurées d’architecture et des peintures à l’huile de scènes de hammam dont les réminiscences de l’histoire de l’art sont voluptueusement maîtrisées.

Vendredi : Médina et Jamaâ el-Fna
Pour les plus matinaux, rien ne vaut un café aux abords de la place Jamaâ el-Fna, centre névralgique de Marrakech. Sur la place, dans l’ancienne agence Bank al-Maghrib devenue Musée du Patrimoine immatériel, l’exposition « Mohammed Ben Allal, Récits du quotidien » rend hommage au peintre autodidacte marrakchi. Ses scènes de souk, campées devant les remparts, font désormais partie de la mémoire collective.
En s’enfonçant dans la médina, passage obligé par le Palais Bahia, joyau du XIXe siècle aux boiseries peintes, zelliges minutieux et jardins andalous. On y découvre aussi « Ce geste vient d’ailleurs », réunissant artistes marocains et d’Afrique de l’Ouest. Détour vivement conseillé aussi par le Monde des arts de la parure. Les 3 000 objets d’apparat exposés de la collection Marlène et Paolo Gallone entraînent le visiteur à travers les traditions de 50 pays d’Afrique, d’Europe et d’Asie. Autre temps fort, et sans doute la sensation de cette édition : les toiles intimistes inédites du peintre guadeloupéen Elladj Lincy Deloumeaux.
Une pause gourmande sur le rooftop de l’établissement s’impose pour profiter d’une gastronomie levantine des plus succulentes.
Après une marche de quinze minutes, cap sur le quartier Dar El Bacha. Au riad El Fenn, ancienne propriété de Vanessa Branson, la plasticienne Rita Alaoui signe une fresque inédite. Non loin de là, le Musée des Confluences met à l’honneur le peintre trop méconnu Mohamed Azouzi, dans un cadre remarquable. Puis direction Le 18 et Dar Bellarj, deux espaces indépendants où s’imagine le monde de demain.
Dans son riad traditionnel, Le 18 s’associe à The Minority Globe autour d’un focus sur le tissage féminin dans la région de Taza.
Retour en soirée place Jamaâ el-Fna pour filer à l’espace DaDa battre au rythme d’un quartet de jazz invité par la plateforme Ablakassa.

Samedi : La Mamounia et Sidi Ghanem
C’est l’ouverture de la foire au public! Dès 11h, La Mamounia dévoile les stands de cette 7e édition. Vingt-deux galeries investissent l’écrin du plus iconique des hôtels de Marrakech et l’on ne boude pas son plaisir d’entrer dans ces lieux.
Découvrir les œuvres, échanger avec les galeristes, discuter avec des artistes souvent présents sur place, l’un des atouts du format « boutique fair » de 1-54 réside précisément dans cette possibilité de prendre le temps. Un petit côté insiders qui rend la foire particulièrement conviviale. Chaque année, 1-54 organise également des talks bien sentis. Le modernisme marocain vous échappe ? À 12h30, rendez-vous, toujours à La Mamounia pour une rencontre autour du livre C.A.S.A : Casablanca Art School Archives (éditions Zamân Books & Curating) en présence des auteurs.
Puis direction Sidi Ghanem, à dix minutes en voiture de Guéliz. Ancien quartier industriel de Marrakech, Sidi Ghanem attire aujourd’hui une nouvelle génération de créateurs et de studios. Un thé à la menthe ne se refuse pas chez Jajjah by Hassan Hajjaj, café à l’esthétique acidulée, tout droit sortie de l’univers du plus pop des photographes marocains (avis aux amateurs, Jajjah sert le couscous le vendredi à 13h). Immersion garantie. L’occasion, aussi, de découvrir l’exposition « The African Game » du photographe nigérian Andrew Dosunmu, une ode aux supporters de football à travers le continent africain.
Juste en face, montez les quelques marches menant à la MCC Gallery qui propose deux expositions de peinture séduisantes. Dans son solo show « Litotes », Sanae Arraqas décline le motif du lit à travers une palette expressive, d’où surgissent des formes énigmatiques mêlées aux drapés. Pour sa première exposition de peinture, la réalisatrice Salma Cheddadi propose, quant à elle, une série de portraits dont les visages, comme sculptés dans le marbre, se détachent de fonds monochromes rouges à l’érotisme flamboyant.
En soirée c’est à Izza qu’il faut se retrouver. Cet hôtel-riad est un concept en soi avec son rooftop qui offre une vue imprenable sur la médina, sa collection singulière de NFT’s et l’exposition collective « État(s) de passage ».

© Hebert Amorim, O mundo em minha mão, 2025 · Vue du café Blue Ribbon
© Blue Ribbon · Vue de l’espace d’art Jnane Elisabeth · © Mustapha Azeroual, Monade
Dimanche : Fondation Montresso, Hivernage et Médina
Après un brunch au Blue Ribbon de Guéliz, réputé pour sa cuisine écoresponsable, direction la Fondation Montresso, à une vingtaine de kilomètres
de Marrakech sur la route de Fès. Le lieu accueille « Icarus » de l’Afro-Américain Fahamu Pecou, nourri autant par le hip-hop que par le royaume du Congo, et « Diáspora do tambor », une exposition du programme IN-Discipline réunissant des artistes brésiliens et d’ascendance africaine, mêlant collages numériques de Hebert Amorim, installations multimédia de biarritzzz et performance dansée du collectif féminin Ilú Obá de Min.
Pour se remettre de ses émotions, pourquoi ne pas aller faire un tour au Palace Es-Saadi Marrakech Resort dans le quartier de l’Hivernage. Vous y trouverez l’espace Jnane Elisabeth qui abrite la collection privée de la maîtresse des lieux, Elisabeth Bauchet Bouhlal. Œuvres contemporaines de Mohamed Arejdal ou Youness Atbane y dialoguent avec des pièces majeures des modernes marocains, de Mohamed Melehi à Farid Belkahia, ponctuées de quelques perles rares à découvrir sur place.
On conclura en beauté et en couleurs en fin d’après-midi avec le vernissage de Mustapha Azeroual dans le nouvel espace d’art de la Maison Denise Masson (médina). Aux côtés d’œuvres abstraites sur lesquelles s’impriment les effets de la lumière ou de flashs lumineux, le photographe dévoile une toute nouvelle installation olfactive solaire invitant à prolonger les multiples sensations de ce séjour arty !