CASAPROJECTA, CULTURE UNDERGROUND DANS LA VILLE

Un visage peint en blanc surgit de la pénombre. Ses yeux sur écran fixent la salle, imposant le silence dans le brouhaha d’un bar-restaurant de Casablanca. Etrange incursion d’un conte soufi* entre les tables, les verres et les conversations des habitués du lieu. S’impose ensuite un amalgame d’animations, courts métrages, 3D, vidéos… qui racontent une autre histoire que celle du soir, que celle du quotidien, que celle entrevue à la télé, sur les panneaux d’affichage. Autre que celle d’un « préfabriqué qu’on nous a inculqué, souvent de mauvaise qualité », nous dit Jamal Abdennassar, diplômé des Beaux-Arts qui, après un passage dans la pub, a vite saisi qu’il n’avait pas sa place dans le domaine de la réclame et a préféré se plonger dans l’événementiel culturel. Et c’est dans un ras-le-bol contre ce « préfabriqué » qu’il a décidé de créer un concept visuel à la fois nomade et urbain : «Casaprojecta».

Un jour, il a l’idée de faire circuler les vidéos de jeunes premiers et de vidéastes et artistes confirmés dans les bars de la ville. Et ce qui a commencé comme des soirées privées entre amis s’est transformé en Casaprojecta, un événement ponctuel, qui revisite chaque mois les lieux nocturnes de la ville. Jamal Abdennassar est ainsi fait, il grignote de plus en plus d’espace, bouscule l’ordre établi pour placer discrètement son « matos ». Lorsqu’il parle, sa posture est celle du repli, puis, de temps à autre, sa main part très loin, brassant l’air, meublant en un geste ce qui l’entoure de passion et de projets. « Dans la vidéo, on est dans quelque chose de très proche de soi, on n’est pas dans l’industrie du cinéma. Plus la vidéo est abstraite, plus elle est intéressante. Elle nous ôte des repères, mais elle nous en donne d’autres, elle installe une autre idée du beau.» A chaque rendez-vous, Jamal Abdennassar sort de l’anonymat de purs moments de création. (…)

Extraits de « Casaprojecta, culture underground dans la ville ». Retrouvez le texte intégral sur diptyk n°5, avril/mai, p. 46.

* Le miroir enchanté, court-métrage de Mohamed Abouelouakar, 1994.

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...