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Cy Gavin, le nouveau phénomène du marché ?

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Peintre atypique, Cy Gavin s’est fait remarquer jeune alors qu’il squattait un bâtiment désaffecté de son université métamorphosé par ses soin en un lieu d’exposition. Son audace aura payé : ses œuvres accrocheuses sont aujourd’hui adjugées à Londres ou à New-York. Comparé par certains critiques à Gauguin ou Cézanne, le jeune américain poursuit inexorablement son ascension.

Cy Gavin est originaire de Pennsylvanie, au sud de Pittsburgh. Tout jeune, il se passionne pour l’art, arpentant les salles du Carnegie Museum of Art auxquelles il accède en douce depuis un passage par la bibliothèque puis par les sous-sols du musée, n’ayant pas les moyens de payer les 13$ du billet d’entrée. Le choix vers des études artistiques coule de source… Il obtient un premier diplôme à l’Université Carnegie Mellon en 2007 (San Francisco), puis prend la direction de New York afin de poursuivre sa formation au département des Beaux-Arts de la prestigieuse université Columbia, d’où il sort diplômé en 2016.

À Columbia, Gavin se démarque en ouvrant une galerie secrète dans un bâtiment abandonné appartenant à l’Université : un ancien vestiaire et une douche qu’il transforme en espace d’exposition en faisant installer l’électricité et en repeignant les murs en blanc. Si ces expositions sauvages lui ont valu quelques ennuis avec l’administration de l’école, elles témoignent surtout de l’audace d’un jeune homme dont le talent est repéré par une première galerie new-yorkaise alors qu’il est encore étudiant…

Cy Gavin - ©Nathan Perkel

Une étoile montante

Sous le titre Fugue States, la première exposition de Gavin ouvre à Revision Space (Cindy Lisica Gallery) en février 2014. Elle est suivie d’une exposition personnelle à New York, intitulée Overture, chez Sargent’s Daughters sur Broadway. Douze peintures y sont présentées. Des toiles explorant l’enfance de l’artiste, en particulier sa relation avec son père, originaire des Bermudes. Les critiques sont d’emblée positives, notamment celle de Martha Schwendener pour le New York Times. Au-delà d’une considération “accrocheuse” sur son travail, la critique d’art convoque les plus grands artistes de l’histoire dans son article : Francis Bacon, Gauguin ou encore Cézanne.

L’année suivante, les sœurs Daughters surfent sur le succès du jeune prodige en lui consacrant une deuxième exposition personnelle avec des peintures plus nombreuses et des œuvres vidéo. Gavin a passé l’année précédente aux Bermudes où il a mené des recherches sur sa généalogie, tout en se plongeant dans l’histoire complexe de cette île qui fut aux premières loges de la traite transatlantique des esclaves avant de devenir une île paradisiaque pour riches touristes américains. Le titre de cette deuxième exposition “At Heaven’s Command” est d’ailleurs tiré de l’hymne britannique Rule, Britannia, écrit pendant la période esclavagiste des Bermudes.

Très vite, son style unique et l’étrange atmosphère de ses œuvres intéressent l’un des plus grands couples de collectionneurs américains, Don et Mera Rubell qui l’exposent en 2017 après l’avoir accueilli six mois en résidence au sein de leur Fondation à Miami. L’artiste prend ensuite la direction de Paris : invité par la VNH Gallery, il expose au cœur du Marais dans les anciens locaux de la mythique galerie Yvon Lambert. New York, Miami, Paris… À 33 ans, Cy Gawin a déjà fait le tour des grandes places de marché occidentales. Il ne lui manquait plus que le soutien d’une solide galerie. Ce sera chose faite en 2019 avec un solo show chez Gavin Brown’s enterprise, une importante galerie new-yorkaise travaillant notamment avec Urs Fischer, Peter Doig et Alex Katz.

Cy Gavin, Bather I, 2017, Acrylique, craie, huile. Courtesy de l'artiste.

Gavin à quel prix ?

C’est à ce moment – peu après l’exposition chez Gavin Brown’s enterprise – que son travail apparaît aux enchères. Le premier coup de marteau est frappé en octobre 2019 chez Sotheby’s Londres, avec une étude de vague vendue dans son estimation, pour 15 000 $. Mais, c’est en intégrant les catalogues new-yorkais que Gavin rencontre véritablement son public : en novembre 2019, Sotheby’s vend une grande toile au double de l’estimation (47 500 $ pour Marsden Cemetery ar Tucker’s Point) puis, en octobre 2020, Christie’s adjuge un étonnant portrait du père, exposé en 2015 chez les Sargent’s Daughters, pour 62 500 $. À travers cet hommage au père décédé que la peinture emporte sur une vague des Bermudes, Cy Gavin impose son histoire et son style. Il s’impose aussi sur le marché américain, ses œuvres étant présentées aux côtés d’artistes aussi demandés que Yoshitomo Nara, Matthew Wong et Andy Warhol dans les catalogues de ventes. Bientôt, peut-être, les côtoiera-t-il sur les cimaises des musées.

Celine Moine avec Artmarket.com

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