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La curatrice française Sonia Perrin a conçu l’exposition inaugurale de DaDa, un nouveau lieu dédié à l’art contemporain au coeur de Marrakech, sur la célèbre place Jamaâ el-Fna.

copyright Studio Malick Sidibé

 

DaDa est votre premier projet au Maroc, quels sont vos rapports avec ce pays et avec le continent africain ?

Sonia Perrin: J’ai d’abord abordé l’Afrique par les voyages et la musique : Fela Kuti, Tony Allen, Rachid Taha, Manu Dibango, Boubacar Traoré, Angélique Kidjo, Youssou N’Dour, Oum Kalthoum, Ismaël Lo… En 1996, j’ai accompagné l’ouverture de la Maison européenne de la photographie, où nous avons présenté l’exposition « L’Afrique par elle-même », qui m’avait particulièrement touchée. J’ai ensuite collaboré avec la Fondation Cartier pour l’art contemporain pour l’exposition « Beauté Congo – Congo Kitoko » sur la scène artistique de la République démocratique du Congo. Je suis par ailleurs marraine d’enfants à Madagascar depuis quinze ans et j’ai créé récemment l’association Azé pour le soutien à l’accès à l’éducation à Tuléar. Avec l’agence One Step Beyond, que j’ai lancée pour accompagner des projets culturels, j’ai monté l’exposition inaugurale de DaDa, un laboratoire vivant pour les artistes dans tous les domaines de la création. Situé place Jamaâ el-Fna, qui est l’épicentre historique de la création à Marrakech, il est en accès gratuit, ouvert à tous les publics et accueillera par ailleurs, dès l’automne 2019, un restaurant sur son toit.

Vous avez invité deux artistes marocains, Mo Balaa et Mohamed El baz, à réaliser des oeuvres in situ. Pourquoi êtes-vous sensible à leur univers ?

SP: J’ai découvert le travail de Mo Baala à Marrakech dans ses expositions au Macaal et à la galerie Comptoir des Mines. J’ai été touchée par la poésie onirique de son travail et par sa vision crue mais optimiste de l’être humain. Quant à Mohamed El baz, c’est à l’occasion de son exposition à la galerie Imane Farès à Paris que j’ai appréhendé le regard critique et essentiel qu’il porte sur notre époque. L’art participe à nous questionner, les artistes sont des passeurs.

Pourquoi avoir choisi ce nom de « DaDa » ?

SP: Mohamed El baz a parfaitement résumé, dans l’oeuvre qu’il a produite pour le lieu, la double intention de DaDa à travers le choix de ce nom, qui se veut d’une part le reflet de l’histoire culturelle de la place Jamaâ el-Fna – en référence au courant artistique et intellectuel du même nom –, et d’autre part une référence au surnom donné dans les foyers marocains de cette région à la figure protectrice de la « nounou ».

Parlez-nous de l’installation sonore immersive de l’artiste nigérian Emeka Ogboh…

SP: Emeka Ogboh mène, depuis plus d’une décennie, un travail critique sur l’oralité des villes en tant que lieux de la modernité néocoloniale. Je lui ai proposé de créer pour DaDa une oeuvre qui fasse se rencontrer ses compositions sonores issues du projet Lagos Soundscapes avec les sons caractéristiques de la place Jemaâ el-Fna. Emeka a séjourné à Marrakech où il a capté une sélection de sons de la médina pour concevoir Los – Rak, une oeuvre immersive inédite, une sculpture sonore qui explore les relations commerciales historiques entre Marrakech, ville caravanière, et les villes voisines d’Afrique de l’Ouest. Cette installation est une invitation à vivre l’expérience de l’écoute, à ressentir le bouillonnement et la ferveur des villes d’Afrique qui ont créé leurs propres symphonies acoustiques.

Propos recueillis par Marie Moignard

«DaDa», 2 place Jamaâ el-Fna, Marrakech, exposition du 20 au 24 février 2019.

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