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Delaye, un orientalisme plus près du réel

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En partenariat avec le Mucem, le musée Yves Saint Laurent Marrakech (mYSLm) expose les diverses facettes du travail de Théophile-Jean Delaye au Maroc, en tant que cartographe et illustrateur, à travers un choix de 120 oeuvres au crayon, encre, lavis, aquarelle ou gouache. Contemporain du peintre Jacques Majorelle ou du photographe et dessinateur Jean Besancenot, Delaye a activement participé à la vulgarisation des paysages naturels et urbains du pays. Dans les années 1930, ses images illustraient régulièrement les publications qui montraient le Maroc comme un espace fascinant, coloriste et mystérieux, pris entre la splendeur du passé et le modernisme colonial, entre la majesté sauvage des montagnes de l’Atlas et la finesse des volumes des kasbahs du Sud. Après une exposition monographique de Delaye montrée en 2011 à la BNRM de Rabat, celle du mYSLm permet de mettre en valeur les acquisitions faites par le Mucem auprès des descendants de l’artiste en 2019. Saluons donc la volonté de la Fondation Jardin Majorelle de tisser des liens forts à l’international pour montrer des archives constitutives de l’imaginaire orientaliste tardif, plus attentif au réel et plus scientifique que la peinture orientaliste classique. Saluons aussi un certain courage à naviguer contre les vents favorables, à l’heure où la condamnation morale d’une « cancel culture » nie toute valeur à la production d’artistes de la période coloniale. Il est tout à fait possible de juger de manière très critique le Protectorat, d’apprécier à la fois le trait d’artistes comme Théophile-Jean Delaye, et de reconnaître enfin son apport à la configuration d’un imaginaire non dépourvu de sensibilité, de grâce et d’indépendance. En pariant sur l’illustration face à la photographie triomphante, Delaye était le porteur d’un secret : la synthèse picturale comme outil visuel.

Juan Palao

« Le Maroc de Théophile-Jean Delaye (1896-1970) », Musée Yves Saint Laurent Marrakech, jusqu’au 15 janvier 2023.
Théophile-Jean Delaye, Toubkal, gouache. Collection privée © François Deladerrière En
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