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Enquête NFT – 3/3 La légitimation par les musées

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Si les institutions muséales se mettent aux NFT, ce n’est pas forcément pour les acquérir, mais pour les vendre ! La copie numérique des plus grands chefs-d’oeuvre constitue une source de revenus inédite et bienvenue en ces temps de crise.

Au printemps dernier, la Galerie des Offices de Florence était la première institution muséale à entrer dans le monde des NFT. Avec l’aide de Cinello, une société italienne proposant des copies numériques de chefs-d’oeuvre (en respectant leurs dimensions originelles), le célèbre musée a mis en vente le premier exemplaire numérique crypté et certifié authentique du Tondo Doni, sublime composition du début du XVIe siècle exécutée par Michel-Ange lui-même. L’oeuvre a été achetée pour l’équivalent de 160 000 $ par une collectionneuse romaine. Un prix raisonnable, s’agissant du seul et unique exemplaire existant en version digitale. Pour Eike Schmidt, directeur de la Galerie des Offices, « les ventes de NFT seront à moyen terme en mesure de satisfaire en partie aux besoins financiers du musée. Ce n’est pas un changement de cap en termes de revenus, c’est un revenu supplémentaire ». Un revenu utile considérant que les recettes du musée des Offices avaient chuté d’un bon quart entre 2019 et 2020…

Le coup d’envoi florentin a donné des idées à d’autres grands musées. L’Ermitage notamment, deuxième à plonger dans le bain technologique avec cinq chefs-d’oeuvre anciens et modernes : La Vierge à l’enfant de Léonard de Vinci, une Judith de Giorgione, Le Buisson de lilas de Vincent Van Gogh, Coin de jardin à Montgeron de Claude Monet et Composition VI de Wassily Kandinsky. Pour chaque oeuvre, deux NFT ont été produits, dont l’un conservé par le Musée de l’Ermitage en pendant de l’oeuvre d’art originale. Vendues pour un total de 440 000 $ sur la plateforme Binance NFT le 7 septembre 2021, les images étaient accompagnées d’un autographe crypté de Mikhail Piotovsky, directeur du musée. Au-delà d’un jeton rare, c’est bien le statut de l’Ermitage qui est mis en vente avec chaque NFT, comme pour le Tondo Doni des Offices.

Premier musée à proposer la copie numérique cryptée d’un chef d’oeuvre, la Galerie des Offices de Florence a mis en vente un NFT certifié authentique du Tondo Doni de Michel-Ange. Vendu 160 000 $

Trois semaines plus tard, c’était au tour du British Museum – l’un des dix musées les plus visités au monde – d’annoncer la vente de 200 NFT d’après des oeuvres de Hokusai, parallèlement à son exposition « Hokusai : The Great Picture of Everything ». Les oeuvres ont été produites et classées en différentes catégories selon un critère de rareté, c’est-à-dire le nombre de NFT créés par image, avec la complicité de la start-up française LaCollection.io. L’image la plus célèbre – en l’occurrence la Grande Vague de Kanagawa – a atteint le prix de 45 000 $ (10,6 ETH) pour son n° 1/10 (catégorie « super rare »).

Indéniablement, la production de NFT par le British Museum, le musée de l’Ermitage ou celui des Offices apporte une vraie légitimité au marché des NFT, tout en promettant des rentrées d’argent bienvenues après les pertes économiques dues aux longues périodes de fermeture pendant la pandémie. Ces premiers NFT muséaux pourraient devenir une véritable manne économique en fonction de l’évolution de leur courbe de valeur, car les contrats prévoient des commissions en cas de revente sur le marché secondaire. Pour le British Museum, par exemple, la revente d’un NFT Hokusai générera 10 % au musée et 3 % à LaCollection.io.

L’avenir dira jusqu’où grimpera la valeur de ces oeuvres patrimoniales digitalisées. Celles vendues en 2021 par trois des plus grands musées du monde affichent déjà quelques atouts pour des prises de valeur à venir. En plus de leur statut avant-gardiste (ce sont les premiers NFT muséaux), elles bénéficient de l’aura de prestige de grands artistes et de puissants labels institutionnels. Par ailleurs, elles n’ont pas de concurrent physique puisque seule la version numérique est apte à circuler et à passer « d’une main à l’autre », pour reprendre une formule des marchands d’art de l’ancien monde.

Céline Moine, Artmarket.com

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