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Que voir à Casablanca ?

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Peinture, photographie et arts numériques : Casablanca prend ce mois-ci un air de ville-monde où s’exposent des peintres prometteurs comme Nabil Boudarqa ou le Tunisien Walid Ardhaoui. Se donne aussi à voir à travers le programme Smart City Connect l’actualité internationale des arts numériques.

Edwin van der Heide, Laser Sound Performance. Photo: Emmanuel Valette

Dernier jour : Les arts numériques investissent la ville

Rendez-vous jusqu’au 27 mai Place des Nations où se dresse un chapiteau accueillant le Smart City Connect Casablanca, un programme alléchant d’installations interactives et immersives, d’œuvres en VR (Virtual Realities) et AR (Augmented Realities). Occasion d’entendre, avec l’artiste Kamel Ghabte, des plantes produire de la musique ou de découvrir l’œuvre en VR de Carole Brandon, Nymphea’s Survey, qui entrera sans doute en résonance avec l’œuvre immersive à 360° de Nicolas Thépot présentée à l’Institut Français de Casablanca : Claude Monet, L’obsession des Nymphéas. Organisée par la toute nouvelle association morocco numerica, fondée par Mohamed Rachdi et Majid Seddati, voulant promouvoir les arts numériques, la manifestation proposera différents workshops à destination des étudiants des Beaux-Arts et une rencontre publique autour de l’impact de l’intelligence artificielle sur les arts. On s’embarque ?

Smart City Connect Casablanca, du 25 au 27 mai, Place des Nations, Institut Français, École Nationale Supérieure des Beaux-Arts.
Adnane Zemmama, Place des Nations- Unies, 2020, Siège social BMCI, Hôtel Excelsior, Fineart Canson Infinity Rag 310g, 60 x 90 cm, édition 1/5

Casablanca par les airs à l’American Arts Center

Dans le cadre des Journées du Patrimoine qui ont eu lieu du 14 au 15 mai dernier, le photographe Adnane Zemmama présente ses vues de Casablanca réalisées en hauteur. Occasion de redécouvrir un patrimoine architectural toujours menacé de péricliter et de percevoir, grâce à l’utilisation d’un grand angle, comment se superposent dans une confusion toute harmonique différents styles aussi bien brutalistes qu’arabo-mauresques. En témoigne la coexistence pacifique entre le siège moderniste de la BMCI et les zelliges d’inspiration andalouse de l’hôtel Excelsior, en cours de rénovation. Curatée par Selma Naguib, l’exposition « Casablanca vue d’en haut » est sans doute l’ode que l’on attendait en l’honneur d’une ville-monde qui fascine autant qu’elle irrite !

Exposition « Casablanca vue d’en haut » d’Adnane Zemmama, American Arts Center, jusqu’au 12 juin 2022
Walid Ardhaoui, The Gambler’s 1, acrylique et huile sur toile, 84 x 53 cm, 2020, courtesy de l’artiste

La tendresse subversive de Walid Ardhaoui à la CDA Gallery

Fruit d’une résidence de trois mois à la CDA Gallery, l’exposition « The Gambler’s » du peintre tunisien Walid Ardhaoui en déconcertera plus d’un. L’artiste y déploie un univers marqué par l’ambivalence dans lequel des dessins d’enfant réalisés de façon délibérément maladroite par l’artiste cohabitent avec des portraits d’hommes en marge de la société. Sans domicile fixe marocains, candidats tunisiens à l’immigration, chômeurs ou supporters du Wydad et du Raja animés par une colère sourde et un esprit indéfectible de fraternité, chaque personnage semble porté par des rêves d’enfant inaboutis. Nul misérabilisme pour autant, l’artiste incitant plutôt le spectateur à faire dialoguer différents régimes de l’image peinte afin de provoquer, qui sait, une prise de conscience salutaire ?

Exposition « The Gambler’s » de Walid Ardhaoui, CDA Gallery, jusqu’au 20 juin 2022
Nabil Boudarqa, sans titre, 29,5 x 42 cm, technique mixte sur papier, 2021

Les portraits lumineux de Nabil Boudarqa à Artem Gallery

Un solo show convaincant pour découvrir le travail du peintre et photographe Nabil Boudarqa. L’exposition « Figure de style » présentée à Artem Gallery, et déjà sold out, permet de mesurer le talent d’un artiste explorant, avec rage, les canons du portrait expressionniste, en n’hésitant pas à recourir au pochoir, au collage et même à certaines griffures innervant la toile. Recouverts d’une couche de peinture jaune lumineuse, les tableaux brillent pourtant par un penchant assumé vers le macabre dont rendent compte de virtuoses dessins à l’encre noire, que l’on n’hésite pas à situer quelque part entre les gravures de Goya et les peintures érotiques d’un Picasso. Un peintre à suivre.

Exposition « Figure de style » de Nabil Boudarqa, Artem Gallery, jusqu’au 2 juin 2022
Ibn El Farouk, Aura #8, 2020, épreuve à plat U.V, 50 / 75 cm, Edition 5 + 2 ea

Le photographique selon Ibn El Farouk à la galerie Shart

Conçue comme un projet itinérant entre la France et le Maroc, l’exposition « Informe » du photographe-plasticien Zouhir Ibn El Farouk pose ses valises à la galerie Shart. L’artiste y explore, à travers deux séries complémentaires : « Beginning 35 » et « Aura », la dimension expérimentale non de la photographie, mais du « photographique ». Un travail qui prend appui sur les amorces de pellicules argentiques et les capteurs d’appareils numériques pour produire des images « non intentionnées » qui rivalisent avec les pures merveilles de la peinture expressionniste abstraite. Une expérience cérébrale et sensible de toute beauté.

Exposition « Informe » de Zouhir Ibn El Farouk, Galerie Shart, du 2 juin au 2 juillet 2022
Amina Benbouchta et Ilyas Selfati, Pharsalus, technique mixte sur papier, 66x92 cm, 2021-2022

Duo en temps de guerre à la Villa Delaporte

L’exposition « Pharsalus », présentée à la Villa Delaporte, réunissant Amina Benbouchta et Ilias Selfati, propose une série de dessins et de peintures réalisés à quatre mains dans laquelle les deux artistes confrontent leur univers respectif à la permanence de la guerre. Au-delà des nombreuses références à l’histoire de l’art, chaque peintre joue le jeu de faire dialoguer son univers plastique avec le sujet choisi. Ici, un Christ sans visage, aux pieds ensanglantés semble incarner les civils anonymes victimes des conflits. Là une crinoline se métamorphose un une inquiétante toile d’araignée. Ailleurs un lapin inoffensif est perfusé avec une poche de sang. Preuve s’il en est que nos images mentales sont aussi façonnées par les contingences tragiques que nous subissons.

Exposition « Pharsalus », d’Amina Benbouchta et Ilias Selfati, Galerie Villa Delaporte, Casablanca, jusqu’au 30 juin 2022

Olivier Rachet

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