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La notion d’archive et de conservation est au cœur du parcours d’exposition que propose actuellement la ville de Rabat. D’une approche conceptuelle à l’organisation de rétrospectives majeures, autant d’occasions de rappeler la mission essentielle des espaces, publics ou privés, dévolus à l’art. 

Mustapha Azeroual, Contact Aveugle, Vidéo HD, 2’4, 2017. Crédit photo: Mohamed Alouane

Interroger l’archive au Cube

Archive(s) sensible(s) est décidément l’exposition du moment qui donne du grain à moudre. Curatée par Laura Scemama, celle-ci interroge à travers des œuvres de Héla Ammar ou d’Abdessamad El Montassir la nature même de l’archive, matérielle ou immatérielle. M’Barek Bouhchichi révèle, de son côté, la part d’invisibilité du passé, en exhibant dans une installation étonnante l’ossature d’un plafond arabe traditionnel. Dans un monde gagné par la dématérialisation, c’est alors la notion même de trace ou d’empreinte dans toute sa fragilité qu’il devient urgent de manifester, comme s’y emploient Haythem Zakaria ou Mustapha Azeroual, à travers l’art vidéo ou la captation photosensible de la lumière. On comprend alors que l’archive est moins ce que l’on préserve que ce que l’on décide, dans un geste de résistance, de faire advenir.

Exposition Archive(s) sensible(s) curatée par Laura Scemama, Le Cube independent art-room, jusqu’au 26 mars 2021. 

Amina Rezki, Jeune femme avec Poisson rouge, Acrylique sur toile, 119X133 cm, 2020.

Amina Rezki se raconte à Kulte

Un solo show très attendu. La peintre Amina Rezki rejoint les cimaises de Kulte Gallery dans une exposition de portraits et d’autoportraits cherchant à confronter les mémoires intimes et collectives. L’artiste y raconte, à travers des toiles mettant en scène des personnages atemporels, une possible histoire de solitude et de déracinement. Avec un penchant certain pour les associations libres et une irruption inhabituelle de couleurs, Amina Rezki convoque tout un bestiaire énigmatique faisant de chaque œuvre un rébus à élucider.

Solo show, Amina Rezki, Kulte Gallery, Rabat, à partir de fin mars 2021. 

Fouad Bellamine, Sans titre, technique mixte sur toile, 160 x 140 cm, 2005.

Deux peintres majeurs toujours à redécouvrir

Que serait l’histoire de l’art sans les musées ? On pourra mesurer leur importance à travers 2 expositions majeures, organisées par le MMVI et le Musée Bank Al Maghrib,  consacrées à  Fouad Bellamine et Abbès Saladi. A priori, rien de commun entre l’exigence du premier à repousser les limites mêmes de la figurabilité en trouant le mur de la représentation et les fantaisies syncrétistes du second. Si ce n’est qu’en déambulant d’un lieu à un autre, le visiteur est amené à comprendre comment chacun de ces artistes s’est forgé son propre langage plastique, en revisitant une mémoire personnelle et collective tiraillée souvent entre des aspirations antagonistes. Le cas Saladi mérite à lui seul un long détour si l’on cherche à saisir comment une imagination débridée arrive à s’articuler à des références iconographiques islamiques. L’histoire s’écrit en cheminant.

Exposition Fouad Bellamine, Entrée en matière, Musée d’Art Moderne et Contemporain de Rabat, jusqu’au 21 avril 2021.

Rétrospective Abbès Saladi, Musée Bank Al Maghrib, jusqu’au 30 juin 2021. 

Hakim Benchekroun, Heritage Hyperphotography, 100x70 cm, technique mixte, tirage sur verre et archive originale, 2020.

Place aux jeunes

La galerie Abla Ababou joue les prolongations avec la Carte Blanche accordée à Fouad Bellamine, à l’occasion de sa rétrospective au MMVI. Occasion de redécouvrir de jeunes artistes talentueux explorant avec le photographe Hakim Benchekroun la mémoire des architectures en friche ou avec Mouhcine Rahoui l’histoire des mineurs de Jerada. Un coup de cœur pour les papiers brûlés de la jeune artiste visuelle, lauréate des Beaux-Arts, Khadija Jayi nous rappelant avec virtuosité que ce qui nous consume est aussi paradoxalement ce qui nous sauve.

Exposition Une nouvelle génération, Carte Blanche à Fouad Bellamine, Galerie Abla Ababou, Rabat, jusqu’au 30 avril 2021. 

Olivier Rachet

Visuel en couverture : Héla Ammar, Série Tawasol, Tirages jet d’encre, 50 x 50 cm, 110 x 110 cm, 2020. Crédit photo : Mohamed Alouane.
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