Biennale de Venise: Face à la violence du monde, une édition “en mode mineur”

La 61e édition de la Biennale de Venise a confirmé, lors d’une conférence de presse tenue le 27 mai, la programmation imaginée par la curatrice Koyo Kouoh, disparue prématurément.
Malgré la tragique disparition de Koyo Kouoh le 10 mai dernier, la Biennale de Venise, qui se tiendra du 5 mai au 22 novembre 2026, reste placée sous le commissariat général de la curatrice suisse-camerounaise. Intitulée « In Minor Keys » (en modes mineurs), cette prochaine édition entend répondre par une métaphore musicale à « la cacophonie anxiogène d’un présent chaotique », selon les mots de la curatrice d’art et de cinéma canadienne Rashi Salti, travaillant entre Beyrouth et Berlin. Choisie par Koyo Kouoh, l’équipe curatoriale en charge désormais de préparer les expositions comprend aussi la curatrice sénégalaise Marie-Hélène Pereira, le journaliste indépendant Siddhartha Mitter, (collaborateur occasionnel de Diptyk magazine) et la curatrice londonienne Gabe Beckhurst Feijoo. Citant tour à tour les écrivains James Baldwin, Édouard Glissant, Patrick Chamoiseau et Toni Morrison, les co-commissaires évoquent les prémices d’expositions qui seront « beaucoup plus du côté du sensible que du didactique », selon Marie-Hélène Pereira. « Artistes, mais aussi poètes, réalisateurs, performers » seront ainsi conviés à regarder le monde depuis sa globalité. Ce que souligne aussi le Président de la Biennale, Pietrangelo Buttafuoco, lorsqu’il évoque l’importance de zones géographiques comme l’Afrique, l’Inde ou la Chine. « Le temps est venu, affirme d’une voix feutrée Siddhartha Mitter, d’écouter les tonalités mineures, de s’accorder à voix basse aux murmures, aux basses fréquences afin de trouver le chemin vers ces îles où la dignité de tous les êtres vivants est sauvegardée ». Tout en émotions retenues, la conférence de presse se termine sur ces mots porteurs d’espoir de Koyo Kouoh : « Nous sommes tous fatigués. Le monde est fatigué. Même l’art est fatigué.

Peut-être, le temps est-il alors venu. Nous avons besoin de quelque chose d’autre. Nous avons besoin d’écouter. Nous avons besoin d’aimer, de nous occuper de la beauté. Nous avons besoin de jouer, de vivre avec la poésie. […] Nous avons besoin de nous reposer et de nous restaurer. Nous avons besoin de respirer. Nous avons besoin de la radicalité de la joie. Le temps est venu. » Des mots qui guideront l’édition 2026, fidèle à l’esprit de sa commissaire générale, et portés collectivement par l’équipe qu’elle a choisie.

Olivier Rachet

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