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Faire fleurir les mémoires à l’Institut des cultures d’Islam

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L’exposition “Silsila, le voyage des regards”, visible à Paris jusqu’au 31 juillet, ausculte avec beaucoup de sensibilité les legs culturels qui influencent les artistes de la diaspora.

Comment les traditions se transmettent-elles ? Que reste-t-il aux descendants d’immigrés, des générations qui les ont précédés et du pays d’origine ? L’exposition “Silsila, le voyage des regards”, pensée par Bérénice Saliou, s’alimente de ces interrogations et conduit les regards le long d’un chemin éclectique, à travers les œuvres des treize artistes qu’elle réunit à l’Institut des cultures d’Islam. Pour tenter d’approcher des réponses, il faudra y mettre du sien, convoquer son corps tout entier et marcher difficilement sur les lourds tapis à moitié décousus de Ouassila Arras, scruter les fleurs et les logos de marques disséminés dans les fonds de peintures d’inspiration persane de Rayan Yasmineh, éprouver les souvenirs de la bonne toute maternelle qui a accompagné l’enfance de la narratrice dans le film de Randa Maroufi. Les œuvres du parcours sont autant d’escales à travers des cultures et des traditions transmises de génération en génération. Comment composer avec ce qui a été hérité de là-bas et ce qui a été appris ou vécu ici ? Il y a, ici et là, un peu de souvenirs et beaucoup de reconfigurations, des hommages à des techniques ancestrales, parfois familiales, et des hybridations.

Rayan Yasmineh, Cyrus et l’odeur du Lys (détail), 2021 © Rayan Yasmineh

Héritages intimes et collectifs

Le voyage est certes onirique, qui évoque aux imaginaires des images venues du Maghreb ou d’Iran ;  il ne manque toutefois pas de revêtir une dimension éminemment politique comme dans les savants calculs composés et superbement mis en forme par Ymane Fakhir qui dénombre, dans The Lion’s Share, les parts d’héritage revenant à chaque membre de la famille, selon la loi coranique. Un partage généralement en défaveur des femmes.

Au fur et à mesure d’une douce promenade à travers les salles, éclosent des interrogations enfouies, secrètes, subtilement incarnées par les œuvres réunies pour l’occasion. À travers le bouquet d’œuvres composé par la commissaire d’exposition dans les deux espaces du centre d’art parisien, fleurissent au grand jour des héritages aussi intimes que collectifs. Des icônes et des symboles, des récits et des calculs, des calligraphies et des tissus matérialisent les liens avec le passé et font germer de nouvelles histoires, hybrides, dont les racines se trouvent dans celles déjà écrites, que les artistes entendent prolonger à l’infini. L’invitation au voyage lancée par l’ICI s’étend par-delà les frontières géographiques et temporelles : elle est d’utilité poétique autant que publique.

Horya Makhlouf

“Silsila, un voyage des regards”, Institut des cultures d’Islam, jusqu’au 31 juillet 2022, Paris. 
Vue d'exposition avec des œuvres de Zakaria Haythem (gauche) et Dalila Dalléas Bouzar (droite). ©ICI-crédit_photo_Marc_Domage
Vue d'exposition. ©ICI-crédit_photo_Marc_Domage
Vue d'exposition avec des œuvres de Mbarka Amor. ©ICI-crédit_photo_Marc_Domage
Vue d'exposition avec des œuvres de Ymane Fakhir et Ouassila Arras. ©ICI-crédit_photo_Marc_Domage
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