Joël Andrianomearisoa investit la promenade des remparts d’Aigues-Mortes. Celui qui a récemment représenté Madagascar à la Biennale de Venise avec son très remarqué pavillon noir, se confronte à nouveau à la monumentalité. Son projet « Brise du rouge soleil » est l’un des temps forts de la Saison Africa 2020.
Vous avez carte blanche à Aigues-Mortes pendant la Saison Africa 2020. Comment compose-t-on avec une ville monumentale de par son architecture et de par son histoire ?
Je ne connaissais pas la ville mais j’aimais dès le départ l’idée d’eau morte. J’aime partir d’un titre, ici Brise du rouge soleil. Le vent à Aigues-Mortes est un élément très important, il nous emporte et nous ramène. L’idée de “rouge soleil” est liée aux salins d’Aigues-Mortes qui, lorsque vous vous promenez sur les remparts, passent du gris au bleu, du rose au rouge… Mais ce rouge soleil est aussi un territoire imaginaire : fait-il référence au Japon, à Madagascar ou tout autre territoire ? C’est un non-lieu.

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Un non-lieu que vous matérialisez grâce à ces remparts médiévaux qui sont comme une ligne de crête infinie…
C’est, en effet, la première fois que je fais une exposition sur 2 kilomètres. Dans mon travail, j’aime raconter des récits émotionnels mais la matérialité est toujours très importante à la fin. Ici, je me suis intéressé aux matières locales : dans la Tour du sel, je rends un hommage très particulier à Aigues-Mortes et à la Camargue à travers une installation réalisée avec 2 000 bouteilles de sel. Je me suis aussi intéressé à celles qui ont transité par Aigues-Mortes (la ville a longtemps été un port, ndlr). Les matières traversent les frontières et se racontent finalement à travers leur non-géographie. Dans la Tour Constance, je transpose par exemple les graffitis gravés dans la pierre sur des matières textile qui sont ensuite rebrodées à Madagascar avec des fibres de tapisseries d’Aubusson… Finalement, ne peut-on pas à travers cette ville d’Aigues-Mortes, mystérieuse et fermée sur elle-même, se poser la question des histoires de vie qui ont existé, qui vont exister ou qui n’existent pas, justement. Dans ce projet, je pense pousser très loin la notion de fiction.

©Juan Cruz Ibanez, CMN
Ce projet, est-ce aussi pour vous une opportunité d’explorer de nouveaux territoires plastiques ?
Quand vous êtes devant un monument comme les remparts d’Aigues-Mortes avec ses contraintes tant techniques qu’en termes de conservation, vous êtes obligé de pousser vos pratiques plus loin. J’ai, par exemple, construit une tour imaginaire – la quinzième tour des remparts – avec une structure en acier de 10 mètres de haut et 10 mètres de large. Cela m’amène à renouer avec mes pratiques architecturales.
Propos recueillis par Emmanuelle Outtier
Brise du rouge soleil de Joël Andrianomeariso sur les remparts d’Aigues-Mortes, jusqu’au 26 septembre 2021.

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