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Joël Andrianomearisoa : “Les matières se racontent à travers leur non-géographie”

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Joël Andrianomearisoa investit la promenade des remparts d’Aigues-Mortes. Celui qui a récemment représenté Madagascar à la Biennale de Venise avec son très remarqué pavillon noir, se confronte à nouveau à la monumentalité. Son projet “Brise du rouge soleil” est l’un des temps forts de la Saison Africa 2020. 

Vous avez carte blanche à Aigues-Mortes pendant la Saison Africa 2020. Comment compose-t-on avec une ville monumentale de par son architecture et de par son histoire ? 

Je ne connaissais pas la ville mais j’aimais dès le départ l’idée d’eau morte. J’aime partir d’un titre, ici Brise du rouge soleil. Le vent à Aigues-Mortes est un élément très important, il nous emporte et nous ramène. L’idée de “rouge soleil” est liée aux salins d’Aigues-Mortes qui, lorsque vous vous promenez sur les remparts, passent du gris au bleu, du rose au rouge… Mais ce rouge soleil est aussi un territoire imaginaire : fait-il référence au Japon, à Madagascar ou tout autre territoire ? C’est un non-lieu.

Joël Andrianomearisoa, vue d'installation, Brise du rouge soleil, 2021 ©CMN

Un non-lieu que vous matérialisez grâce à ces remparts médiévaux qui sont comme une ligne de crête infinie… 

C’est, en effet, la première fois que je fais une exposition sur 2 kilomètres. Dans mon travail, j’aime raconter des récits émotionnels mais la matérialité est toujours très importante à la fin. Ici, je me suis intéressé aux matières locales :  dans la Tour du sel, je rends un hommage très particulier à Aigues-Mortes et à la Camargue à travers une installation réalisée avec 2 000 bouteilles de sel. Je me suis aussi intéressé à celles qui ont transité par Aigues-Mortes (la ville a longtemps été un port, ndlr). Les matières traversent les frontières et se racontent finalement à travers leur non-géographie. Dans la Tour Constance, je transpose par exemple les graffitis gravés dans la pierre sur des matières textile qui sont ensuite rebrodées à Madagascar avec des fibres de tapisseries d’Aubusson… Finalement, ne peut-on pas à travers cette ville d’Aigues-Mortes, mystérieuse et fermée sur elle-même, se poser la question des histoires de vie qui ont existé, qui vont exister ou qui n’existent pas, justement. Dans ce projet, je pense pousser très loin la notion de fiction.

Joël Andrianomearisoa, vue d'installation, Brise du rouge soleil, 2021 ©Juan Cruz Ibanez, CMN

Ce projet, est-ce aussi pour vous une opportunité d’explorer de nouveaux territoires plastiques ?

Quand vous êtes devant un monument comme les remparts d’Aigues-Mortes avec ses contraintes tant techniques qu’en termes de conservation, vous êtes obligé de pousser vos pratiques plus loin. J’ai, par exemple, construit une tour imaginaire – la quinzième tour des remparts – avec une structure en acier de 10 mètres de haut et 10 mètres de large. Cela m’amène à renouer avec mes pratiques architecturales.

Propos recueillis par Emmanuelle Outtier

Brise du rouge soleil de Joël Andrianomeariso sur les remparts d’Aigues-Mortes, jusqu’au 26 septembre 2021.
Joël Andrianomearisoa, vue d'installation, Brise du rouge soleil, 2021 ©CMN
Joël Andrianomearisoa, vue d'installation, Brise du rouge soleil, 2021 ©Juan Cruz Ibanez, CMN
Joël Andrianomearisoa, vue d'installation, Brise du rouge soleil, 2021 ©CMN
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