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La foire LOOP donne sa chance à la vidéo du monde arabe

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La foire LOOP Barcelona, spécialisée dans l’art vidéo depuis 2003, a lieu chaque année dans la capitale catalane. En charge des partenariats depuis avril dernier, la curatrice tunisienne Khadija Hamdi-Soussi souhaite attirer davantage les artistes contemporains du monde arabe.

Où en est l’art vidéo dans le monde arabe ?

On a vu, au moment de l’émergence de l’art contemporain au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, une effervescence autour de l’art vidéo : des artistes incroyables s’en sont emparés (Yto Barrada, Adel Abidin, Youssef Nabil, Zineb Sedira, Wael Shawky…) pour parler identité, mémoire et conflits. Aujourd’hui, il y a véritablement une génération qui ne se consacre qu’à ce médium, comme Ismaïl Bahri ou Younes Ben Slimane, premier artiste tunisien à intégrer Le Fresnoy. On y remarque des préoccupations d’ordre plus universel ou esthétique, avec une volonté, pour certains, de se tourner vers l’image conceptuelle. Plusieurs festivals viennent aussi donner de l’élan à la vidéo en Afrique du Nord : je pense au premier festival de la vidéo et de l’image en mouvement à Gabès en Tunisie, créé par la grande mécène Fatma Kilani, ou au festival Medrar en Égypte, initié par Mohamed Allam.

Le marché suit-il ?

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, il reste très timide. Les oeuvres vidéo ne manquent pas de visibilité : elles sont régulièrement présentées à Dubaï, Abu Dhabi ou même Sharjah, mais les collectionneurs de vidéos sont encore peu nombreux, et il n’y a pas, comme en Europe, de collections dédiées. Je pense en particulier à celle du couple vidéophage Isabelle et Jean-Conrad Lemaître, qui a constitué l’une des plus importantes collections privées de France. Il y a un travail de sensibilisation à faire : nos institutions achètent plus facilement de la peinture ou de l’installation. Les réticences sont nombreuses, également du côté des galeries. Si l’on passe en revue les précédentes éditions de LOOP, on se rend compte que les artistes du Moyen-Orient ont été essentiellement montrés par leurs galeries européennes, comme Ali Cherri par Imane Farès ou Ismaïl Bahri par les Filles du Calvaire. Au vu de la situation économique précaire dans laquelle se trouvent aujourd’hui nos pays, la vidéo est perçue comme un risque par nos galeristes, qui ont la crainte de ne pas vendre (la spécificité de la foire LOOP est que les galeries sélectionnées ne présentent qu’une vidéo, ndlr).

La curatrice tunisienne Khadija Hamdi-Soussi a rejoint la foire LOOP Barcelona en avril dernier.

De ce fait, quelle stratégie mettez-vous en place pour attirer les galeries du monde arabe ?

Je propose un système de mécénat pour inciter les collectionneurs du monde arabe à s’investir auprès des galeries et des artistes de la région, assurant ainsi une plus large présence à une foire aussi pointue et unique que LOOP. C’est un travail de fond qui prendra du temps, mais cette année, la galerie marocaine Kulte Gallery (Rabat) sera présente grâce au parrainage d’une mécène, l’avocate Khadija Amrani (association Welady). Elle présente l’œuvre The Storyteller de l’artiste franco-algérienne Katia Kameli. L’idée, à terme, est de créer une communauté d’entraide et un cercle vertueux autour de l’art vidéo : de peur de ne pas réussir à vivre de l’art, beaucoup d’artistes-vidéastes se tournent vers d’autres médiums. C’est une perte indéniable pour l’art vidéo.

Propos recueillis par Emmanuelle Outtier

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