Taper pour chercher

La terre de feu de Themba Khumalo

Partager

Dans une atmosphère des plus poétiques, l’artiste sud-africain témoigne de la violence avec laquelle nombre de ses compatriotes sont encore dépossédés de leurs terres.

Souvent, dans les dessins ou les huiles sur toile de Themba Khumalo, un feu se propage. Une population est chassée de terres qu’elle occupe illégalement par des compagnies de sécurité appelées Red Ants (Fourmis rouges). Après la fin de l’Apartheid, beaucoup de citoyens ayant recouvré leurs droits se sont ainsi emparés de terres ou d’immeubles laissés à l’abandon par les anciens maîtres du régime ségrégationniste. « Là où la plupart du temps ils sont nés ou leurs ancêtres sont enterrés », précise l’artiste installé à Johannesburg.

Souvent crépusculaires, les paysages représentés exploitent, dans une palette de bleus, de noir et blanc ou de marrons, différentes techniques telles que le pastel et le fusain, auxquelles s’ajoutent l’utilisation de café ou de gravures à l’eau-forte. Une atmosphère apocalyptique qui témoigne, trente ans après la chute du régime raciste, de tensions persistantes qui ne sont pas sans faire écho aux dessins de William Kentridge, eux aussi empreints d’une telle violence sourde ; artiste avec lequel Khumalo partage une même passion pour l’animation.

Ukukhanya (Lumière), 2021, huile sur papier, 100 x 70 cm. Courtesy de l’artiste et Montoro12 Gallery

Pour autant, une relative sérénité se dégage de ces paysages qui baignent dans une forme de spiritualité à laquelle il tient : « Je peins souvent des gens en prière, face au soleil ou à des éclats de lumière qui symbolisent aussi l’espoir. » La couleur, qui vient pour lui « avec les émotions », gagne peu à peu ses dernières huiles sur toile. Aux voitures brûlées, aux cieux orageux et aux catastrophes humaines ou naturelles que de nombreux fusains sur papier donnent à voir, succèdent aujourd’hui des scènes quasi mystiques. Comme dans The Ocean is calling, où les cieux semblent s’ouvrir dans l’apparition miraculeuse d’un soleil prophétique magnifié par cette lumière jaune chère à Khumalo. Spiritualité qui se rattache sans doute aux croyances d’un homme imprégné par les traditions de ses ancêtres, mais qu’il trouve aussi dans le rapport aux autres, à travers les différentes résidences qu’il a pu réaliser, en Allemagne et au Sénégal.

Olivier Rachet

Visuel en Une : Ibandla (Congrégation), 2021, huile sur papier, 100 x 70 cm chacun (triptyque). Courtesy de l’artiste et Montoro12 Gallery.
Tags:

Vous pouvez aimer aussi

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Retrouvez-nous sur Instagram
@diptykmagazine