Le Maroc au cœur du momentum des industries culturelles et créatives

Du 4 au 8 décembre se tenait la deuxième édition du Forum Marocain des Industries Culturelles et Créatives (FOMICC), après une première édition en 2023. Organisé par la Fondation HIBA, ce forum a rassemblé les acteurs clés du secteur. Son objectif ? Soutenir l’émergence d’une vision commune pour le développement durable et inclusif de ces ICC au Maroc. 
Momentum pour les ICC ? L’édition 2024 du FOMICC a mis en exergue le dynamisme du secteur. Depuis 2019, le nombre d’entreprises dans le secteur aurait augmenté de 33% au Maroc, tandis que le nombre de salariés déclarés aurait progressé de 20%. Le secteur des ICC serait l’un des plus inclusifs en matière de parité, avec 50% d’emplois occupés par des femmes. Au printemps 2024, le Maroc et l’Union Européenne ont signé une convention de partenariat, avec un budget de 600.000 euros, visant à stimuler le secteur des ICC, sa contribution à la croissance économique et à la création d’emplois. En octobre dernier, l’UNESCO a désigné Rabat comme Capitale du livre pour 2026. Autre fait notable, l’objectif clair du Maroc : faire de l’économie créative et culturelle au Maroc, un levier de croissance avec l’ambition qu’elle représente 2 à 3% du PIB national d’ici 2030. À plus long terme encore, le Nouveau Modèle de Développement insiste sur la nécessité de doubler, voire tripler, à l’horizon de 2035, les emplois dans les industries créatives (aujourd’hui estimés au minimum à 40 000 et en tenant compte des informalités dans le secteur à 100 000).Valoriser les héritages locauxL’accès au financement reste l’un des défis majeurs pour le secteur des ICC au Maroc. Il est essentiel de cartographier et de faciliter l’accès des structures et projets créatifs et culturels aux différents modes de financements, nationaux et internationaux. Une révision des mécanismes de financement existants, notamment des subventions publiques ou du mécénat, pourrait permettre de mieux répondre aux besoins spécifiques des ICC. Des leviers alternatifs devraient par ailleurs être encouragés ; tel est le cas des partenariats à longs termes ou encore du crowdfunding ou financement collaboratif, lequel est encadré par un dispositif juridique dédié depuis 2020. Le développement de programmes de formation et d’accompagnement pour les (futurs) professionnels des ICC est également crucial afin de former une main-d’œuvre qualifiée, apte à répondre aux évolutions d’un marché en constante mutation. Des programmes de mentorat spécialisés devraient être mis en place pour soutenir les entreprises des ICC en phase d’accélération. Enfin, la valorisation des territoires, y compris des héritages locaux, constitue un levier important pour dynamiser l’économie locale, en particulier celles du tourisme et de la culture. Le développement de quartiers culturels pourrait jouer un rôle clé dans la revitalisation urbaine et la coopération territoriale, permettant non seulement de stimuler le marché local, mais aussi de promouvoir l’identité culturelle du Maroc sur la scène internationale.Un hub régional ? Pour accompagner ces enjeux, revient de manière systématique dans les échanges du FOMICC 2024 : la nécessité d’un renforcement des politiques publiques en matière d’ICC. Des espaces de coordination territoriale pour mieux intégrer ces industries dans les Plans de Développement Régionaux (PDR) sont créés. Pour exemple, le PDR de la région Marrakech–Safi a pour but de renforcer le développement du rôle des économies créatives en créant plus de 50 000 emplois. Sur le plan international, si le Maroc entend se positionner comme hub régional des ICC, il devrait poursuivre le développement de ses actions diplomatiques culturelles et ses partenariats à l’international, nécessitant dès lors la diminution, voire la suppression de barrières structurelles, telles que la circulation des fonds. Aux côtés de cet impératif d’intervention des politiques publiques, l’essor et la prospérité des ICC au Maroc dépendent de l’existence d’un cadre juridique solide et favorable. Ont été ainsi cités lors du forum quelques pistes en ce sens : réformer la loi sur les associations ; mettre en place un dispositif de mécénat réellement incitatif ; instaurer des mesures pour améliorer les infrastructures culturelles, en particulier dans les zones d’intérêt pour les investisseurs étrangers ; reconnaître le statut de l’entreprise culturelle. Cyrielle Gauvin, avocate, associée cofondatrice du cabinet Aoedé, dédié au marché de l’art et aux industries culturelles et créatives