Le pavillon marocain à Venise : un plaidoyer pour l’architecture en terre

Le Maroc signe sa deuxième participation officielle à la Biennale internationale d’architecture de Venise qui se tiendra du 10 mai au 23 novembre 2025. Onze ans après la première, le pays proposera à l’Arsenal le projet « Materiae Palimpsest » imaginé par un binôme de jeunes architectes, Khalil Morad El Ghilali et Mehdi Belyasmine.
Sur le thème « Intelligens. Natural. Artificial. Collective », la 19e édition de la Biennale interroge le rôle de l’architecture dans un monde secoué par les crises. « Depuis des décennies, la réponse de l’architecture à la crise climatique s’est concentrée sur l’atténuation — concevoir pour réduire notre impact sur le climat. Mais cette approche ne suffit plus, souligne le commissaire général Carlo Ratti, dans sa note d’intention. Il est temps que l’architecture adopte l’adaptation : repenser notre manière de concevoir pour un monde transformé. » Cette adaptation à laquelle appelle la Biennale réside dans les pratiques ancestrales et « l’intelligence de la terre » répond le pavillon marocain. « Materiae Palimpsest », composé de 72 colonnes de terre, a été conçu comme une immersion dans les techniques traditionnelles telles que le pisé ou l’adobe. « Plus que le bâti, ce sont avant tout les techniques que nous voulions montrer », explique Khalil Morad El Ghilali.Réalisées selon différentes méthodes de construction vernaculaire, avec de la terre et des pierres issues des quatre coins du Maroc, ces 72 colonnes de tailles variées – de 50 cm à 2 mètres –, ponctueront l’espace. Elles ont été pensées comme « une coupe géologique, non pas des matériaux, mais des savoir-faire », précisent les architectes.Une création sonore et une installation suspendue de 2 400 outils liés au travail de la terre viendront enrichir l’ensemble. Un pavillon conçu comme une réactivation du passé, sans tomber dans la nostalgie, soulignent Khalil Morad El Ghilali et Mehdi Belyasmine, qui placent en son centre un hologramme, clin d’œil aux technologies numériques du XXIe siècle. « L’idée est de déconstruire les clichés sur l’architecture marocaine, souvent réduite au zellige ou au moucharabieh», concluent-ils. « Materiae Palimpsest » bénéficie d’un budget de 10 millions de dirhams. Emmanuelle Outtier

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