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Touria El Glaoui : « Le profil des collectionneurs est en train de changer »

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Cette année, la foire 1-54 Londres mise sur une édition en présentiel et prend même de l’ampleur. Sa directrice et fondatrice, Touria El Glaoui, revient sur les neuf ans d’existence de la foire qui contribue à faire émerger l’art contemporain africain.

La 1-54 Londres en est à sa 9e édition, autant dire qu’elle a pris sa place sur le calendrier. La crise sanitaire a-t-elle changé la dynamique des foires ?

L’année dernière a posé de nombreux défis à tout le monde, et en réponse, nous avons dû nous adapter pour assurer la tenue des foires. Bien que nous ayons vu de nombreuses foires annulées dans le monde entier, nous avons pu nous adapter suffisamment pour que les nôtres puissent se poursuivre d’une manière ou d’une autre, que ce soit à plus petite échelle, dans un autre lieu comme chez Christie’s ou en ligne. Cependant, pour la prochaine édition à Londres, nous n’avons pas seulement retrouvé notre taille normale, mais nous organisons notre plus grande édition, avec 48 galeries réparties dans trois ailes de Somerset House.

Le partenariat avec Christie’s est-il amené à se pérenniser ?

Notre partenariat avec Christie’s est une collaboration née de la pandémie et de la nécessité de s’adapter. Nous avons été en mesure de réaliser de superbes événements en présentiel au cours de l’année dernière, tels que notre édition spéciale à Paris, ainsi que de créer une plateforme en ligne qui a accompagné chaque édition de la foire au cours de l’année dernière. Ces projets ont rendu la foire plus accessible dans le contexte restrictif de la pandémie, tout en présentant la foire, ses galeries et ses artistes à une nouvelle audience de collectionneurs du monde entier.

La Galerie 38 propose un solo show du peintre marocain Mohamed Hamidi. Les années précédentes, on a pu constater le grand succès d’expositions d’artistes comme Ibrahim El Salahi ou Ernest Mancoba… Quelle est la place des artistes des mouvements modernes africains à la 1-54 ? 

Avoir une exposition solo de Mohamed Hamidi à la foire est un véritable honneur, étant donné sa stature d’artiste, et nous sommes très heureux de partager son travail avec nos visiteurs. Présenter le travail d’un maître a toujours été spécial pour nous, car nous présentons souvent en même temps le travail d’artistes qui ont été inspirés par cet artiste ou qui ont reçu son enseignement. Cela permet aux visiteurs d’être témoins d’une belle histoire.

En neuf ans d’existence, on constate que la 1-54 adoube les artistes africains qui rejoignent ensuite les master galleries et les grandes foires généralistes. 1-54 est-elle une foire de découverte ou peut-elle relever le défi d’accompagner les artistes très confirmés ? 

Depuis notre première foire en 2013, il est important pour nous de présenter des artistes à n’importe quel stade de leur carrière, sans se concentrer particulièrement sur « les émergents » ou « les établis », et d’avoir une répartition équitable des deux. Les scènes à travers le continent se sont développées à des rythmes très différents, certaines avec des marchés, un soutien financier ou des structures d’institutions culturelles et d’écoles bien plus établis. Tout cela place les artistes dans des positions variées en termes d’accès aux opportunités et donc de capacité à participer à la foire. Nous essayons de faire en sorte qu’il y ait le moins d’obstacles possible à la participation. En tant que foire, nous voulons également nous assurer qu’il existe plusieurs niveaux de prix, afin que les collectionneurs disposant de plus petits budgets puissent s’engager sur le marché.

Vue de l’édition 2019 de la foire 1-54 Londres. © Rocion Chacon

Est-ce que le panorama des collectionneurs a évolué depuis neuf ans ?

Le profil des collectionneurs est en train de changer. Nous constatons que de plus en plus de collectionneurs débutants, en particulier en Afrique et dans sa diaspora, s’engagent sur le marché de l’art. Nous voyons également davantage de collectionneurs établis sur le continent, qui généralement se concentrent sur des artistes modernes, collectionner des artistes contemporains d’Afrique. Ceci est extrêmement prometteur, cela donne une vision positive du potentiel des différents marchés de l’art sur le continent pour la décennie à venir.

Londres, Paris, New York, Marrakech : les différentes foires 1-54 ont-elles des spécificités ou s’adressent-elles à l’élite mondialisée qui fait le tour de la planète en suivant l’agenda de l’art contemporain ?

Chaque foire dépend de l’environnement où elle a lieu, se transformant chaque fois en fonction des besoins de la ville. Par conséquent, chacune est unique. Nous avons un groupe international de collectionneurs dévoués qui essaient de visiter toutes les éditions, mais le plus souvent, notre audience est plus locale.

Ceux qui suivent la 1-54 depuis les débuts ont vu se succéder des tendances plastiques, la dernière étant la peinture de portrait réaliste. Avez-vous une idée de ce qui nourrit ces tendances ?

Le monde de l’art fait une fixation sur la notion de tendance. Cependant, les tendances ne sont pas utiles lorsqu’on s’intéresse à l’art, en particulier lorsqu’on s’intéresse à l’art produit dans une zone géographique aussi vaste. On ne peut nier que des liens peuvent être établis entre les artistes en raison de réalités communes auxquelles ils peuvent choisir de répondre, qu’il s’agisse de l’utilisation de certains matériaux, d’événements socio-économiques, d’histoires ou de choix stylistiques. Mais regarder et discuter le travail d’un artiste à travers une tendance minimise ou ignore souvent les nuances de son travail.

Propos reccueillis par Meryem Sebti

1-54 Londres, Somerset House, 14-17 octobre 2021.
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