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L’Odyssée photographique de Mouna Saboni

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En résidence à Marrakech pour préparer son exposition-duo avec l’artiste sud-africaine Barbara Wildenboer, la photographe Mouna Saboni revient avec nous sur les rapports qu’entretiennent dans son travail l’écriture et l’image.

Ce qui convoque Mouna Saboni dans la photographie est sans doute sa dimension scripturale. L’écrit, quelles que soient les images réalisées, est toujours premier. Non seulement parce que l’artiste a pris l’habitude de rédiger ses propres carnets avant même de se lancer dans l’aventure photographique, mais parce que l’image relève d’abord d’une écriture mentale. « L’image pour moi est au-delà de la représentation, nous confie-t-elle dans son atelier de Jardin Rouge, à Marrakech, où elle est actuellement en résidence. La photo devient presque dans mon travail un médium ou un support », lui permettant de raconter une histoire plus personnelle qu’il n’y paraît.

D’abord d’essence documentaire – dans la série Partir en 2013 où elle s’intéresse à la question des migrations –, son travail se caractérise ensuite par une dimension plus introspective lorsqu’elle réalise en 2018-2019 sa première résidence à la Fondation Montresso pour la série Traverser, dans laquelle ses propres poèmes sont gravés sur le papier. Aujourd’hui, ses recherches s’ouvrent à l’ensemble de l’espace méditerranéen. Les paysages marins grecs, libanais ou marocains s’accompagnent de portraits discrets de personnages souvent masculins, donnant parfois la sensation d’émerger de l’eau, comme cet homme en contre-jour qu’elle associe au dieu de la mer, Neptune.

Ce qui nous lie 14, 2023, tirage fine art sur papier Canson 308g, papier taillé main, gouache, 80 x 120 cm. Courtesy de l’artiste et Fondation Montresso

Les textes gravés par l’artiste le sont souvent en plusieurs langues, dont en écriture libyque qu’elle associe à des rites funéraires. Dans une photographie montrant un jeune homme, de dos, prenant appui sur un rocher, trois séries de textes se font jour : en arabe, araméen et en écriture cunéiforme, dans un souci de retrouver les origines peut-être perdues de l’écriture et de nos civilisations monothéistes. « La photo, ce n’est pas donner à voir quelque chose, explique-t-elle, c’est faire apparaître quelque chose qui serait caché ». Pas étonnant que lors d’une résidence d’un mois à la Villa Médicis, l’artiste soit allée consulter des palimpsestes sur peau tannée conservés dans les musées du Vatican.

Dans ses œuvres récentes, la photographie finit même par disparaître complètement, comme dans ces textes gravés sur du cuivre, dont elle apprécie le fait que le matériau « s’oxyde, devienne noir et fasse apparaître la matière cachée ». Quête des origines, d’une langue originelle ou de ce que fut le berceau de notre civilisation méditerranéenne ? Les recherches actuelles de Mouna Saboni rejoignent sans doute des préoccupations universelles, à rebours des crispations identitaires qui caractérisent notre époque. Dans le texte qui accompagne l’exposition « Imagos » qu’elle présente avec Barbara Wildenboer à la Fondation Montresso jusqu’au 13 avril, ses mots poétiques disent à leur façon que nos héritages sont multiples et nos identités évolutives : « Dans nos têtes il y a le bruit des vagues et l’appel du vent / Nos pieds sont recouverts de terre / Ils ne touchent pas le sol / Ce sont nos cœurs. »

Olivier Rachet

Ce qui nous lie 7, 2023, tirage fine art sur papier Hahnemühle 300g, acrylique, carnet, fils et clous en laiton, 52 x 70 cm. Courtesy de l’artiste et Fondation Montresso
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