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Pendant la crise sanitaire, les maisons de vente ont dû réagir vite et basculer pour la plupart sur le digital. Sur le segment art contemporain africain, les niveaux de vente se sont globalement maintenus.

La crise liée à l’épidémie de Covid-19 a durement touché le marché mondial de l’art. Il n’avait jamais connu un tel cataclysme. En quelques jours, dans le monde entier, les commissaires-priseurs ont été contraints de repousser, voire d’annuler leurs ventes physiques pour s’adapter à l’urgence sanitaire. Le marché des enchères ne s’est pas arrêté pour autant. Bien que très ralentie, l’activité s’est poursuivie avec un recentrage sur les transactions privées pour certains, mais surtout avec une intensification générale des ventes en ligne. La bascule de ventes physiques vers le tout digital s’est avérée cruciale, et plusieurs sociétés de ventes ont affiché très vite des résultats encourageants. Le 31 mars, l’américaine Sotheby’s vendait pour 2 millions de dollars de design et obtenait, le même jour, 539 000 $ pour une toile de l’artiste sud-africaine Irma Stern, des chiffres jamais atteint auparavant par Sotheby’s online. Il faut dire que la maison de vente aux enchères a pris de l’avance sur la concurrence en mettant les ventes en ligne au cœur de sa stratégie de développement. Le rachat de la société par le magnat des médias et des télécommunications Patrick Drahi (2019) semble avoir encouragé cette évolution. Sur les 8 œuvres qui ont passé le million de dollars entre le 15 mars et le 3 juin 2020, Sotheby’s en a adjugé 7.

Pendant cette période de confinement, les maisons de vente ont par ailleurs apporté leur pierre en organisant des ventes caritatives qui ont elles aussi permis d’obtenir d’excellents résultats. Piasa a ainsi récolté en avril 2 417 400 euros au profit du collectif #protègetonsoignant.

Ben Enwonwu, Sefi © Sotheby’s. Vendu 310 000 $

La fin des enchères en salle ?

Plusieurs ventes d’art contemporain africain ont suivi la même migration digitale. À commencer par la 6e vente dédiée à l’art du continent de Sotheby’s le 31 mars dernier. Avec une centaines d’œuvres réunies, cette vacation a totalisé 2 881 741 $. Une performance qui n’arrive toutefois pas à rivaliser avec la précédente vente dédiée qui avait atteint, en octobre dernier, la somme de 5,1 millions $. Un record sur ce segment largement porté par la toile Christine du nigérian Ben Enwonwu, adjugée alors à 1,4 million $, soit plus de 7 fois son estimation haute. Il n’empêche, selon la maison de vente, « l’enchère du 31 mars a connu une augmentation de 46 % du nombre de soumissionnaires par rapport à la vente équivalente l’an dernier ». Preuve s’il en est que le format online n’a pas rebuté les amateurs. Il en a même convaincu certains : près d’un tiers des acquéreurs achetaient des oeuvres pour la première fois chez Sotheby’s.

De même, les œuvres estimées à plus de 100 000 dollars, certes assez rares dans cette vente, ont trouvé en partie acquéreurs. Sans surprise, ces acquisitions à 6 chiffres ont concerné des artistes modernes, installés dans l’histoire de l’art de leur pays comme Irma Stern (Afrique du Sud) et Ben Enwonwu (Nigeria). Fait à souligner, si toutes les œuvres de ce dernier avaient été vendues lors de la précédente vente, cette fois, certaines sont reparties en réserve. Sans doute plus étonnant, la photographie s’est taillée une jolie part du gâteau : les deux des trois photos de coiffes nigérianes de J.D. Okhai Ojeikere ont atteint leur estimation haute (6000 dollars). Le cliché très connu de Malick Sidibé – deux jeunes lutteurs se faisant face –  a doublé son estimation (8500 dollars) et les deux tirages de Samuel Fosso, de sa série Tati, ont atteint un record de vente pour cet artiste, dépassant les 25 000 dollars. L’attrait du marché pour Hassan El Glaoui aussi se confirme : les trois œuvres proposées, reprenant les thèmes de prédilection du peintre (fantasia, dromadaires), se sont envolées au dessus de leur estimations hautes pour atteindre la somme cumulée de 138 934 dollars.

Wole Lagunju, La Parisienne II, huile sur toile, 162,5 x 100,5 cm © Bonhams. Vendu 6895 €

Bonhams de son côté a tenté de tirer son épingle du jeu avec sa vacation réalisée en mai sans public. Le positionnement est difficilement comparable avec le rouleau compresseur qu’est Sotheby’s. Avec la vente de 65% des 84 lots qu’elle proposait, Bonhams sauve la mise. La fourchette de prix entre 600 et 18 500 dollars en faisait une vente accessible ciblant les primo-collectionneurs. « Nous voulions avec cette vente aux estimations attrayantes attirer ceux qui viennent pour la première fois à l’art africain moderne et contemporain », affirme Gilles Peppiat, son directeur du département art moderne et contemporain africain. Les plus hautes enchères ont été raflées par des artistes très présents en général sur le second marché comme les peintres congolais (Chéri Samba, Chéri Cherin, Pierre Bodo), dont les enchérisseurs continuent à apprécier les scènes de vie kinoises croquées avec humour. Mention spéciale pour une toile de l’Ivoirien Aboudia, lui aussi habitué des salles de vente, avec une adjudication à 18 500 dollars.

Joseph Ntensibe, Tropical garden 4, 2019, huile sur toile,
150 x 200 cm © Piasa. Vendu 67 600 euros

L’optimisme reste de mise

Avec le déconfinement en Europe et au Maroc, les ventes en présentiel reprennent pourtant. Dans les limites des règles de sécurité imposées par les États. La dernière vente de la CMOOA, « Une identité marocaine », le 27 juin s’est déroulée à Casablanca sur réservation et restreinte à 15 personnes. « Une bonne vente », selon son président Hicham Daoudi avec 56 lots vendus sur 93. Les pièces majeures ont trouvé acquéreurs comme Le portrait du Pacha El Glaoui par Jacques Majorelle (1918) acquis à 2 450 000 DH ou une huile de Chaïbia caractéristique, Les Tisseuses de Chtouka (1987) à 2 100 000 DH.

Si la crise sanitaire laisse craindre une baisse de régime, les acteurs du marché sont optimistes. La maison de vente parisienne Piasa qui organisait une vacation dédiée le 24 juin en partenariat avec sa consœur sud-africaine Aspire Auctions a atteint les 1,6 million d’euros (frais inclus). Un résultat analogue en moyenne à ses ventes avant Covid-19. La maison de vente peut s’enorgueillir de quelques beaux coups de marteau. Plusieurs artistes ont dépassé leur estimation haute comme l’artiste sud-africain Dylan Lewis dont le  bronze zoomorphe Leopard Lying on a Boulder maquette est parti à 19 500 euros ou l’Ougandais Joseph Ntensibe qui est sans doute l’une des révélations des dernières ventes de Piasa. Le peintre renoue avec la tradition du paysage dans des close-up qui métamorphosent la nature en protagoniste à part-entière. Le très beau portrait de Dora Sowden par Irma Stern s’est envolé à 182 000 euros, faisant de l’artiste sud-africaine l’incontestable coqueluche des ventes du moment.

Emmanuelle Outtier avec ArtMarket.com

Jacques Majorelle, Portrait du Pacha El Glaoui, Marrakech, 1918, huile sur toile, 133 x 113 cm. © CMOOA. Vendu 2 450 000 DH
Chaïbia Tallal, Les Tisseuses de Chtouka, Paris, 1987, huile sur toile, 130 x 195 cm. © CMOOA. Vendu 2 100 000 DH
Irma Stern, Portrait de Dora Sowden, 1943, huile sur toile,
57 x 51,5 cm © Piasa. Vendu 182 000 €
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