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[Marché de l’art] Henry Taylor, une ascension éclair

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L’artiste afro-américain de 62 ans est l’un des peintres contemporains les plus en vue. Ses toiles les plus importantes s’arrachent à des centaines de milliers de dollars. Sa collaboration avec la galerie Hauser & Wirth lui a ouvert les portes du marché international.

Il y a peu encore, Henry Taylor ne faisait aucun remous sur le marché. Ses toiles ont commencé à affoler les enchères en 2018, quand il a reçu le prix Robert De Niro pour ses contributions dans le domaine de la peinture. Jusque-là, l’artiste était essentiellement plebiscité par les collectionneurs de la côte ouest américaine où Blum & Poe, sa galeriste attitrée, l’a très bien défendu. En quelques années, le prix de ses œuvres s’est multiplié par trois avec un record d’adjudication proche du million de dollars en 2018. Une vingtaine d’enchères successives ont fait grimper sa toile I’ll Put a Spell on You de 150 000$ (son estimation basse) à 975 000 $ (son prix final chez Sotheby’s). À l’époque, la demande a déjà quelque chose de frénétique, l’offre ne parvenant plus à la satisfaire. Collectionné par les plus grands – les Rubells, Peter Brant, François Pinault – l’artiste n’en devient que plus désirable. Si bien qu’en 2019, il se classe parmi les 500 artistes mondiaux les plus performants du marché, toutes périodes de création confondues.

Henry Taylor, I'll Put a Spell on You, 2004. © Sotheby's

Après 10 ans de collaboration avec Blum & Poe, Henry Taylor est donc au sommet de sa carrière. Il est pourtant attiré par une autre galerie, Hauser & Wirth, avec laquelle il signe un contrat au début de l’année, sans rompre avec la première. Blum & Poe et Hauser & Wirth travaillent désormais de concert pour faire passer de nouveaux paliers à l’artiste californien. À l’annonce de cette nouvelle collaboration, la critique d’art du New York Times, Roberta Smith, adresse une remarque cinglante à Hauser & Wirth : « Qu’est-ce qu’une galerie d’art avec suffisamment d’argent et d’assise pour signer tous les artistes qu’elle souhaite, et pour embaucher tous les gestionnaires et le personnel requis ? C’est une agence de talents, pas une galerie d’art. »

Avant de devenir une « agence de talent », Hauser & Wirth était une galerie zurichoise fondée au début des années 1990, en pleine crise du marché de l’art. Tenter de vendre une œuvre contemporaine à cette époque était une gageure, la signer tenait du miracle. Non seulement Hauser & Wirth a résisté mais elle s’est développée d’une façon considérable. Il y a cinq ans encore, Iwan et Manuela Wirth administraient cinq galeries. Aujourd’hui, ils en comptent neuf et se préparent à ouvrir un centre d’art (Minorque, 2021). Pour Henry Taylor, entrer chez Hauser & Wirth c’est l’assurance d’être exposé à Hong Kong, Londres, St. Moritz, Zurich, Gstaad, en plus de Los Angeles, New York et Tokyo où se trouve déjà Blum & Poe. Cette diversité de lieux offre des perspectives inespérées pour cet artiste dont 70% du marché se cantonnait encore aux Etats-Unis il y a deux ans. Un million de visiteurs se rendent chaque année dans les différentes succursales de Hauser & Wirth (ils se rabattent depuis le printemps sur un site internet pourvu de viewing rooms). Dans le cas particulier de Taylor, pour qui la demande est déjà au beau fixe, ce rayonnement supplémentaire devrait faire monter la cote dès que le marché sera reparti. La demande s’agite déjà du côté de Hong Kong…

Céline Moine, d’ArtMarket.com

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