Taper pour chercher

[Marché de l’art] Noah Davis ou la promesse des sommets

Partager

Les œuvres hypnotiques du prodige Noah Davis ont depuis longtemps rallié la critique américaine et de grands collectionneurs. Elles sont toutefois, depuis l’an dernier, devenues une denrée parmi les plus convoitées du marché de l’art.

“Noah Davis parti, ses peintures hypnotisent toujours” titrait le New York Times pour annoncer une exposition, chez David Zwirner New York, du prodige décédé en 2015 à 32 ans d’un cancer rare. Talent précoce, Noah Davis s’engage pleinement dans la peinture à l’âge de 17 ans et commence à se forger une réputation au début de la vingtaine. Après avoir fréquenté la Cooper Union School of Art à New York, il déménage à Los Angeles où il attire l’attention du galeriste Bennett Roberts (Roberts & Tilton) qui lui permet d’intégrer plusieurs collections institutionnelles et privées, dont la Rubell Family Collection à Miami.

Lorsqu’il décède prématurément en 2015, l’artiste plein de promesses a déjà accompli de grandes et belles choses, tant sur le plan de la peinture que dans la réalisation d’un rêve un peu fou. Deux ans avant sa mort, il ouvrait en effet, avec des proches, un musée alternatif afin d’amener des expositions de grande qualité dans un quartier populaire et mal desservi aux alentours de Los Angeles. Le “Underground Museum” lui survit aujourd’hui, tandis que sa peinture sensible et cultivée s’est imposée comme un jalon d’une “Nouvelle peinture noire”.

Le plus jeune des “30 américains”

Noah Davis a 25 ans lorsque les Rubell, qui ont déjà acquis huit de ses œuvres, ouvre l’exposition “30 Americans”, consacrée aux artistes afro-américains “les plus importants des trois dernières décennies” dans leur musée privé de Miami. Nous sommes début décembre 2008, au lendemain du vernissage d’Art Basel Miami. Les collectionneurs internationaux rassemblés pour la foire ne manquent pas l’exposition des Rubell construite autour de l’identité raciale, sexuelle et historique dans la culture contemporaine, où les toiles du jeune Davis côtoient celles de Kehinde-Wiley, Kerry James Marshall, Glenn Ligon et Jean-Michel Basquiat. Douze ans plus tard, “30 Americans” poursuit son voyage à travers tous les États-Unis. À Washington, Nashville, Detroit, Philadelphia, Tacoma… une vingtaine d’institutions ont accueilli cette exposition dont il ne faut sous-estimer ni la réception critique, ni l’influence sur le désir des collectionneurs.

L’effet Zwirner

Début 2020 : lorsque le puissant galeriste David Zwirner dédie une exposition à ce “génie fou” cinq ans après son décès, il est difficile de s’inscrire parmi les acquéreurs d’un artiste déjà incontournable n’ayant laissé derrière lui que 400 œuvres environ… D’autant que la demande s’agitait déjà en salle de ventes quelques semaines avant l’hommage rendu chez Zwirner. Un acheteur de la première heure vendait alors, via Phillips, une toile acquise auprès de la galerie Roberts & Tilton de Los Angeles. Estimée entre 40 000 et 60 000 $, Single Mother with Father out of the Picture, approchait les 170 000$ en novembre 2019. Mais le niveau de prix est encore monté d’un cran une fois l’exposition clôturée chez Zwirner, avec ce record établi à 400 000 $ le 4 mars 2020, toujours chez Phillips, pour In Search of Gallerius Maximumianus, disputée au quintuple de son estimation haute.

Même s’ils peuvent être tentés de revendre en regard des promesses de plus-values déjà mirobolantes, les chanceux ayant acquis une toile lors des premières expositions devraient conserver leurs trésors quelques années de plus… Car le nom de Noah Davis s’est ancré dans le marché de l’art en plein remaniement. Il y a fort à parier que ses œuvres rares, soutenues et très demandées, commencent à peine leur ascension sur le marché secondaire.

Céline Moine avec Artmarket.com

Tags:

Laisser un commentaire

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Retrouvez-nous sur Instagram
@diptykmagazine
Instagram n'a pas retourné le status 200.