MOHAMED BOUROUISSA, LA BANLIEUE, VERMEER ET DELACROIX

la manière des grands maîtres de la peinture tels Poussin, Delacroix, Géricault, Mohamed Bourouissa – né à Blida (Algérie) en 1978 – met en scène la banlieue française dans laquelle il a grandi. Issues de la série Périphériques, ses photographies qui viennent d’intégrer les collections du Palais de la Porte Dorée sont exposées aux côtés de celles de Mathieu Pernot. A la manière de Jeff Wall, il reconstitue les attitudes stéréotypées des jeunes des quartiers de La Courneuve, Pantin, du Mirail à Toulouse…, en laissant planer le doute entre réalité documentaire et fiction.

Dans ses mises en scène maîtrisées, nécessitant croquis, repérages, casting…, l’artiste s’attaque aux mythes véhiculés par les médias. «Si je pars d’une base sociale, mon travail est pourtant d’ordre plastique, fonctionnant sur une géométrie émotionnelle. […] J’essaie d’être juste plastiquement par rapport à l’idée que je veux donner d’une situation. Je parle de ma propre identité à travers les autres. D’une certaine manière, ce sont des autoportraits», précise Mohamed Bourouissa.

Il a passé plusieurs mois avec une reproduction de La Liberté guidant le peuple de Delacroix au dessus de son lit pour en intégrer les lignes de force. « La ligne de force, c’est ce que je cherche quand je regarde une image, par exemple la diagonale. Quand je réalise une image, si je ne prends pas conscience de la diagonale, il y a une sorte de déséquilibre qui peut se produire. Il faut trouver l’équilibre et parfois l’équilibre est dans le déséquilibre. »

Pour composer ses tableaux, l’artiste joue de la profondeur de champ : « Je travaillais au début en diaphragme assez large, 5,6-8, donc la profondeur de champ était très faible. C’était une erreur, mais grâce à cela je pouvais mettre en valeur une information, donner des clés de lecture par la juxtaposition de plans flous et nets ».

« Dans Miroir (2006) je suis parti du photographe George Rousse car il décline à la fois peinture, sculpture et espace architectural. J’essayais de trouver ces différents plans qui composent une surface plane. Ici, on a un cercle. Toute la tension se concentre dans la flaque d’eau » qui mire en effet la scène de violence et la désamorce par la perfection de sa courbe.

« La fenêtre (2005) est la deuxième image que j’ai faite. J’avais pensé à Vermeer et Delacroix. Elle est importante car j’avais un peu moins dirigé la mise en scène. Tout d’un coup tout s’est révélé, car l’autre [le modèle] s’est incarné » par le tatouage inattendu, sur son dos, d’un majestueux phénix.

Mohamed Bourouissa s’intéresse aujourd’hui au milieu carcéral. Il a présenté le 27 novembre à la Fondation Antoine de Galbert le film Temps Mort réalisé en prison grâce à un ami détenu. Pour cette série qu’il expose aussi en Algérie, il s’inspire des chansons du rappeur Booba Temps mort et La lettre.

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