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[Portrait] Cécile Fakhoury, une galeriste en vogue

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Après avoir ouvert sa première galerie à Abidjan, en 2012, puis une seconde à Dakar en 2018, Cécile Fakhoury multiplie sa participation aux grandes foires internationales d’art contemporain.

Une force tranquille. L’expression a beau être usée jusqu’à la corde, elle convient parfaitement à cette jeune galeriste avenante et d’un entrain communicatif. Les arcanes de l’art n’ont guère de secret pour Cécile Fakhoury, dont les parents d’origine bretonne possèdent une galerie parisienne consacrée à l’art moderne de l’entre-deux guerres. Et pourtant, elle assure à qui veut l’entendre qu’elle ne se destinait en rien à reprendre le flambeau. Des études de commerce la préparent certes à une carrière internationale, mais loin, pense-t-elle, de l’univers familial. Quand bien même les stages qu’elle effectue alors ont lieu dans les grandes galeries pari- siennes comme celles de Daniel Templon ou Chantal Crousel. Est-ce pour se démarquer de ses parents qu’elle commence à se passionner pour l’art contemporain ? Toujours est-il qu’elle s’est forgé une solide culture artis- tique en écumant les centres d’art de la capitale française, du Centre Pompidou à la Galerie du Jeu de Paume, en passant par La Maison Rouge.

Portrait de Cécile Fakhoury à Abidjan Juin 2019

« Le marché m’a rattrapée »

Il lui faudra attendre que son mari parte s’installer en Côte d’Ivoire en raison de son activité professionnelle, pour que l’idée lui vienne de créer une galerie d’art contemporain. « Une galerie d’art en Afrique, pas une gale- rie d’art africain », tient-elle à préciser. La distinction ne relève pas chez elle de la coquetterie mais repose sur une intuition forte : l’art contemporain africain est le fruit des impératifs ou des injonctions d’un marché dont elle connaît tous les rouages. La réalité finira pourtant par la rattraper. À peine fonde-t-elle sa galerie à Abidjan en septembre 2012, portée dit-elle « par le désir des artistes » avec lesquels elle continue d’entretenir des rapports de confiance et de fidélité jamais démentis, que Touria El Glaoui lui propose de participer à la première édition de la 1-54 londonienne.

Dès lors, les foires s’enchaînent à une vitesse vertigineuse : de Londres à Marrakech, en passant par New York ou Lagos, jusqu’à sa première participation à la FIAC parisienne, en octobre 2019. Elle sait qu’elle est aujourd’hui étiquetée comme une galerie exposant de l’art africain, mais elle mesure combien il est impossible de négliger la demande du marché international, qui lui permet de réaliser 80% de son chiffre d’affaires lors des foires – contre 20% de ventes en galerie. « C’est le marché qui m’a rattrapée », confie-t-elle, observant que le marché local ne cesse de se développer. A-t-elle rencontré des obstacles ? Sans doute, mais elle ne s’appesantit pas dessus.

Vue extérieure de la galerie Cécile Fakhoury à Abidjan.

Incubateur de talents

Depuis 2018, une deuxième galerie a vu le jour à Dakar et un show-room installé en plein cœur du Quartier Latin permet au public parisien de découvrir ses artistes coups de cœur : d’Armand Boua à Saïdou Dicko, en passant par Jems Robert Koko Bi, Yeanzi ou François-Xavier Gbré. Inévitablement, la galeriste continue de faire la part belle aux artistes africains du continent, des plus jeunes aux plus confirmés. À l’image de Ouattara Watts dont elle apprécie les discussions interminables, au cours desquelles il lui raconte notamment son expérience new-yorkaise aux côtés de Basquiat.

Elle n’en néglige pas pour autant les artistes non africains du continent tel que le français Vincent Michéa, rési- dant certes à Dakar depuis une trentaine d’années et dont elle aime les photocollages dans lesquels il excelle. Actuellement, Cécile Fakhoury prépare l’ouverture d’un nouvel espace à Abidjan qui présentera les travaux d’artistes émergents auxquels elle souhaite donner leur pre- mière chance. Le désir de s’ouvrir à la scène anglophone du continent porte aussi son regard sur les scènes ghanéenne et nigériane dont le dynamisme la gagne déjà. Mais pour l’heure, elle préfère se consacrer à élever ses deux enfants, encore en bas âge.

Olivier Rachet

Vue de l'exposition de Sadikou Oukpedjo à la Galerie Cécile Fakhoury Abidjan du 9 mars au 18 mai 2019
Vue de l'exposition de Jems Koko Bi à la Galerie Cécile Fakhoury Abidjan du 19 avril au 2 juin 2018.
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