Initié en 2021 par la Fondation TGCC, le Prix Mustaqbal vient d’annoncer le lauréat de sa 4ème édition, intitulée « )Sans titre( ». Le premier prix a été attribué à Kamil Bouzoubaa-Grivel, suivi de Yasmine Hadni (2ème) et Kamil Tahiri (3ème). Retour sur les ambitions de ce projet dédié à la scène émergente locale.
Depuis sa création, le Prix Mustaqbal s’emploie à repérer et récompenser les talents montants de la scène contemporaine marocaine. Dans le sillage d’initiatives comme La Chambre Claire, concours photo et incubateur de la Fondation Alliances qui a notamment révélé Maya-Inès Touam, Mustaqbal jouit aujourd’hui d’un ancrage fort dans l’écosystème de l’art contemporain, notamment à travers ses partenariats avec la Fondation Montresso ou encore la foire 1-54 à Marrakech où Mustaqbal occupe un stand annuel. Chaque année, le premier prix remporte donc, une fois passée l’exposition collective à l’espace Artorium, une dotation financière, une résidence à Jardin Rouge et un accompagnement professionnel.

Cette 4e édition, baptisée « Sans Titre », ouverte à tous les médiums, marque un tournant dans l’histoire du prix. Affichant la volonté de décloisonner les pratiques et d’offrir davantage de liberté aux candidats, elle a été accueillie avec un enthousiasme sans précédent. « Initialement dédié à la peinture et au dessin, puis élargi à la photographie, ce prix étend ses horizons chaque année. Pour cette édition, l’inclusion de l’installation, en plus des médiums précédemment explorés, marque une étape importante. Cet engagement vise à soutenir la diversité des langages et à encourager la pluridisciplinarité des pratiques chez les jeunes artistes » explique Meryem Bouzoubaa, présidente de la Fondation TGCC. En effet, en ayant catalysé la carrière d’artistes comme Khadija El Abyad ou Amina Azreg, lauréates respectives des deux premières éditions, le prix a établi sa notoriété et sa crédibilité. Pour Azreg, le prix lui a permis de se prendre au sérieux et de se décider à envisager l’art comme carrière à part entière. L’accès à la résidence Jardin Rouge de la Fondation Montresso est également perçu comme un privilège.

Des profils hétérogènesCette année, sur plus de 200 dossiers, ce sont 16 artistes visuels, toute disciplines confondues, qui ont été présélectionnés par les membres du jury. Fraîchement diplômés des Beaux-Arts de Tétouan ou de Paris, ou déjà plus intégrés dans le circuit de l’art contemporain, les lauréats ont présenté des travaux qui témoignent à la fois de beaucoup de recherche – plastique ou intellectuelle –, de curiosité et de sensibilité. Pour Hassan Sefrioui, fondateur de la galerie Shart et membre du jury depuis la première édition, ce qui ressort le plus est le questionnement de cette jeunesse sur sa place et son individualité dans un monde ultra-digitalisé et globalisé. Le reste du jury, composé entres autres d’artistes, journalistes et curateurs, s’accorde sur la qualité et la maturité artistique présentées.Mais cela pose aussi la question du véritable rôle de tremplin et d’incubateur du prix. Si « Mustaqbal » veut dire « avenir » en arabe, il serait légitime de se demander si celui de certains candidats ne semblerait pas déjà tout tracé ? Le prix, accessible pour les artistes de 18 à 35 ans, vient-il récompenser un talent ou flairer et accompagner un potentiel ? Un peu des deux, répond l’organisation. Pour Estelle Guillié, directrice artistique de la Fondation Montresso, Mustaqbal représente un soutien précieux à la création et permet à une communauté de se déployer. Touria El Glaoui, fondatrice de la foire 1-54, précise quant à elle que le stand annuel Mustaqbal permet « d’élargir la portée du prix en incitant davantage d’artistes à soumettre leur candidature ».

Un prix, et après ?« Dans le concours, il y a [cependant] une logique de compétition, même si ce n’est pas nécessairement ce qu’on promeut, et il y a une forme de violence dans le processus de sélection », admet Othmane El Farsi, chargé de l’espace d’art de la Fondation TGCC. « Certains artistes s’empêchent de participer », surenchérit le journaliste et critique d’art Amine Boushaba, « car ils ont peur de l’humiliation de ne pas être pris ». M’hammed Kilito, qui participe au jury pour la première fois, regrette également « de voir que beaucoup de jeunes artistes émergents, pourtant très qualifiés, n’ont pas envoyé de dossier, alors qu’ils avaient toutes leurs chances de figurer parmi la liste des finalistes. » Le photographe se questionne alors sur l’accessibilité du concours à certains et certaines et sur la raison de leur absence : manque de motivation ou difficultés à concevoir un dossier ? « Un point à méditer pour les éditions futures ».Lorsqu’on l’interroge sur l’après Mustaqbal, El Farsi insiste sur le rôle de tremplin du prix et sur le fait que la Fondation Montresso est supposée prendre le relai en collaborant sur le long terme avec les artistes. Il précise cependant garder le lien avec les anciens lauréats et assurer un suivi, en créant une forme de communauté. « Mouad El Bissaoui a par exemple été soutenu par la Fondation TGCC pour la production de sa résidence bruxelloise », affirme-t-il. Un engagement rassurant envers des artistes qui manquent encore souvent de perspectives et de voies d’émancipation.Par Kayla Bournique
