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Plusieurs expositions casablancaises interrogent aujourd’hui la notion de mythe et de stéréotype, à travers des partis pris esthétiques souvent opposés. De quoi réveiller les polémiques !

Simohammed Fettaka, Exoticism does not need a visa, Cuivre, miroir, bois, peau de mouton, led, céramique et paille.

L’orientalisme en question à l’espace Artorium

Il est rare qu’une exposition d’art contemporain s’appuie sur un manifeste. Telle est la bonne surprise que réserve l’exposition «HORIEZONTALISME », présentée à la galerie Artorium, sous l’égide du chorégraphe-plasticien Youness Atbane et du dramaturge Jules Henri Julien. « HORIEZONTALISME se voudrait effort, écrivent-ils dès les premières lignes de leur manifeste : un effort d’analyse et de conscience des formes nouvelles que peut prendre un orientalisme contemporain. » Sept artistes répondent à l’appel parmi lesquels Amina Benbouchta et Simohammed Fettaka dont on peut découvrir des œuvres inédites, aussi bien picturales que vidéo. Il est souvent question de fardeau à porter comme dans la performance filmée de Youssef Ouchra, Tammara Tripalium dans laquelle l’artiste semble traverser une Europe indifférente au sort de l’autre. Il est aussi question d’enfermement et de stéréotypes à déconstruire comme s’y emploient de façon subversive Mohammed El Baz et Youness Atbane, qui prolonge sa performance Untitled 14km par des installations tout aussi ironiques. Une exposition qui donne du grain à moudre.

Exposition « HORIEZONTALISME », avec Amina Benbouchta, Simohammed Fettaka, Youness Atbane, Youssef Ouchra, Salim Bayri, Mohammed El Baz et Anne Van Dyck, Espace d’art Artorium, Fondation TGCC, Casablanca, jusqu’au 23 avril 2022
Nabil Ayouch, Série Renaissance, Caresse d'un entre-temps, 2021, Impression jet d'encre, 200x130 cm, édition de 3 + 1EA. Courtesy de l'artiste

L’apothéose de noir de Nabil Ayouch

Dans une scénographie des plus réussies, l’exposition photo « Aporia » du cinéaste Nabil Ayouch donne à voir des femmes, individuelles ou en groupe, dont le corps est intégralement voilé par un niqab. Une première série Sonate présente des scènes en bord de mer prenant la forme de bains purificateurs. Une seconde série Renaissance, plus convaincante, se concentre sur des scènes d’intérieur dans lesquelles l’éclairage du corps de mères allaitant leur enfant n’est pas sans rappeler parfois la peinture baroque. Une photographie, précise Salma Lahlou curatrice de l’exposition, qui « fait l’apothéose de la couleur noire, [et] tend vers le monochrome ». Une photographie moins transgressive qu’il n’y paraît, qui montre surtout l’obsession permanente du réalisateur pour l’éternel féminin.

Exposition « Aporia » de Nabil Ayouch, Villa Castellana, jusqu’au 17 avril 2022
Saad Nazih, « Et Dieu créa l’homme, la femme et l’argent », acrylique et huile sur toile, 2020, 160 x 200 cm.

Distorsions du réel à la Galerie 38

Empruntant son titre à un ouvrage du sociologue Paul Watzlawick, l’exposition « How real is real ? » réunissant les deux peintres Saad Nazih et Hicham Matini confronte pourtant deux univers plastiques bien distincts. Inclination chez le premier pour des scènes surréalistes aux multiples variations d’échelle dans lesquelles prédomine le motif de l’argent, penchant pour une distorsion de la réalité médiatique chez le second. Deux modes de représentation allégoriques interrogeant les pouvoirs de l’image, où l’onirique le dispute à l’ironique.

 Exposition « How real is real ? » de Saad Nazih et Hicham Matini, La Galerie 38, jusqu’au 25 avril 2022
Mous Lamrabat, Don't touch my hijab, 2021, dimensions variables.

Néo-orientalisme photographique à la Loft Art Gallery

Il est la coqueluche des réseaux sociaux depuis que l’une de ses photographies a fait la Une de Vogue Arabia. Mous Lambarat est à l’honneur d’un solo show présenté à la Loft Art Gallery. Occasion de découvrir des photos-performances qui séduisent au premier coup d’œil, tant les mises en scène ultra léchées mixant références orientalisantes et motifs empruntés à la culture populaire sont de véritables coups de pub ! Une photo aisément instagramable, très fashion, qui manque sans doute de cette auto-analyse en faveur de laquelle plaident les auteurs du manifeste HORIEZONTALISME.

Solo show Mous Lamrabat, Loft Art Gallery, jusqu’au 30 avril 2022.
©Yoriyas

On the road avec Yoriyas

Le street photographer Yoriyas n’a pas perdu le regard aiguisé qui est le sien. Souvent insolites, privilégiant des angles de vue acrobatiques, les clichés de sa nouvelle série consacrée aux mythiques Grands taxis Mercedes 240, amenés à disparaître du parc automobile marocain, magnifient aussi le voyage et la rencontre avec l’autre. Un regard amusé qui sait se faire plus nostalgique parfois. L’exposition « To the Moon and Back, Travelling Morocco by the last Mercedes taxis » inaugure le tout nouveau American Arts Center de Casablanca.

Exposition « To the Moon and Back, Travelling Morocco by the last Mercedes taxis », Yoriyas Yassine Alaoui Ismaili, American Arts Center, Casablanca, jusqu’au 8 mai 2022.

Olivier Rachet

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