Après la disparition des Nuits photographiques d’Essaouira, les Rendez-vous de la photo reprennent le flambeau. Porté par l’Institut français, ce festival prometteur pour la région et pour les jeunes professionnels à qui il s’adresse, a le potentiel de s’imposer dans l’agenda culturel et de fédérer les acteurs de la photographie nationaux.
« La photo a toute sa place ici ». À l’Institut Français d’Essaouira, la conviction est forte : cette petite ville côtière prisée des touristes est mûre pour accueillir un festival de la photographie. Elle l’est de fait, si on se rappelle le succès des Nuits photographiques d’Essaouira qui ont fédéré, de 2016 à 2022, une scène artistique marocaine en plein essor. Faute de financements, l’évènement s’est délité et a finalement disparu. Les Rdv de la photo prennent donc le relais depuis 2 ans. « Essaouira a un potentiel énorme », explique Juliette Marandon, la directrice de l’IF Essaouira. D’autant que la ville se développe avec l’ouverture, en 2027, de la Cité des arts dessinée par Oscar Niemeyer. À l’entrée de la ville, les premières pierres sont déjà posées. Les lieux qui se prêtent à des expositions photographiques ne manquent pas comme le Bastion Bab Marrakech rénové par le département régional du Ministère de la Culture et qui accueille, pour cette édition, une exposition du photojournaliste Reza. Il y aurait aussi – pourquoi pas – la Cité de l’artisanat où festivaliers et artisans pourraient coopérer. Une perspective partagée par Nathalie Locatelli, experte de la photographie marocaine, venue présenter le travail de Joseph Marando dans l’écrin verdoyant de l’Heure bleue Palais. Les pistes sont nombreuses pour créer un hub de formation à la photographie. « Pourquoi ne pas travailler avec l’INBA et développer des ateliers autour de ce médium », note Juliette Marandon pour qui la dimension de professionnalisation et d’accompagnement des jeunes reste une priorité. L’Institut national des Beaux-Arts de Tétouan vient d’ailleurs d’ouvrir une antenne à Agadir. « C’est ce genre de rencontres qui nourrit et fait naître une vocation », abonde l’artiste Zakaria Mtilk qui a ouvert son atelier photo dans le centre de la médina. Le jeune homme a, de ce point de vue, un parcours remarquable et l’appareil argentique chevillé au corps. Dans le petit studio, où s’étalent des scènes d’Essaouira en noir et blanc, ainsi que des livres de Robert Capa ou Louis Faurer soigneusement posés sur ses étagères, on mesure la détermination de Zakaria Mtilk à confronter son regard aux maîtres de la photographie. Pendant les RDV de la photo, ce jeune professionnel a organisé un photowalk.

Les pérégrinations au coeur du métier de photographeSi les moyens sont forcément limités, la 2e édition des RDV de la photo rassemble des photographes aguerris qui ont dispensé, pendant trois jours, conseils et lecture de portfolio à un public souvent très jeune. En attendant de pouvoir se développer, la 2e édition accueille 5 expositions où le thème du voyage semble s’imposer. Une façon de rappeler que l’art photographique est souvent une question de déplacement. Que ce soit, par exemple, à travers la série Waha de Seif Kousmate qui a parcouru les oasis du Sud du Maroc pour rendre compte de leur disparition programmée. Le photographe souiri souligne l’urgence de la prise de conscience collective en détériorant subtilement ses tirages. Même démarche au long cours pour Anne-Lise Broyer qui signe une exposition de toute splendeur à la galerie de l’Institut français. La Française, lauréate du prix Niépce 2024, arpente les rives de la Méditerranée et construit un récit poétique où elle relie, selon une logique qui lui est propre, scènes de vie ordinaire et ruines antiques. À Essaouira, elle accompagne son odyssée d’une poème de Mohammed Bennis, invitant à une medidation mélancolique. On peut y lire : Cette terre qui par ses chants/ jamais ne meurt/ Un vent des quatre coins/ est venu chargé / de drapeaux de sang et de la mort rapide. Marcher, rencontrer… Ce n’est pas Joseph Marando qui dira le contraire, lui qui photographie le Maroc – son pays natal – depuis 30 ans. On est frappé par la promiscuité de ce photographe avec son sujet. Son livre, Maroc ordinaire fête l’an prochain ses 20 ans de parution. Enfin, le road trip de Brahim Benkirane et Alexandre Chaplier, qui ont sillonné ensemble les routes nationales du pays à la recherche de moments suspendus, investit la promenade des remparts de la Sqala – une des bonnes idées de ce rendez-vous. Il ne manque sans doute pas grand-chose pour relancer une dynamique de festival photo à Essaouira, d’autant plus que de nombreuses initiatives autour de ce médium, portées par de grandes fondations nationales, ont émergé ces dernières années. Une synergie possible qui serait une bonne nouvelle pour la scène photographique. Emmanuelle Outtier






