Rita Alaoui en son jardin

Le rendez-vous est donné au fond de la cour d’un immeuble, là où se trouvent les deux ateliers de Rita Alaoui. Le premier espace, dévolu aux éléments naturels collectés par l’artiste, contient trois sacs remplis de henné, en provenance directe du Maroc. La plasticienne, l’une des dix lauréates du Prix Coal, y prépare une performance qui se tiendra fin septembre au Musée de la chasse et de la nature à Paris. Un second espace, plus lumineux, est entièrement dédié à la peinture.

Depuis sa plus tendre enfance, l’artiste est fascinée par le pouvoir thérapeutique des plantes, à partir desquelles son arrière-grand-mère préparait différentes mixtures. C’est à cette aïeule que rend hommage le premier volet de la performance intitulé La récolte qui s’inscrit dans un vaste projet en trois temps : « Lawsonia Cataplasm Garden ». Rita Alaoui s’apprête à y broyer des feuilles de henné avec ses pieds, selon un rituel zen de méditation circulaire. Deux autres volets seront ultérieurement filmés, dans lesquels sera concoctée une mixture curative. « Il faut d’abord s’occuper de soi pour soigner l’autre », commente-t-elle avec sagesse.

Gaden serie N10
Série Garden #10, 2023, acrylique et sticks à l’huile sur toile
de lin brute, 140 cm x 130 cm. Courtesy de l’artiste © Rita Alaoui, 2023

 

Mais le plus étonnant est l’analogie qui rapproche cette performance de l’acte de peindre. Comme dans une série précédente consacrée aux orpins (plantes grasses appartenant au genre Sedum), dont deux grands formats ont été montrés lors de l’exposition collective « Supra Nature » à la galerie Anne de Villepoix, tout débute par une récolte. « Mon travail commence toujours par une collecte d’informations et de choses physiques », commente la plasticienne, en l’occurrence ici des feuilles et des fleurs à partir desquelles sont réalisées des centaines d’études à l’encre noire. « La répétition fait qu’une force jaillit de cette forme qui est très graphique ». La feuille d’orpin est ainsi devenue « une forme d’écriture » proche de l’abstraction, que l’on retrouve dans une autre série consacrée aux jardins. Dans ces œuvres, réalisées en grande partie sur des toiles de lin apprêtées, plusieurs couches de peinture sont superposées de façon aérienne afin de mettre en valeur aussi bien les objets matériels que les plantes. Prochaine étape d’une approche sereine de la peinture, Rita Alaoui s’apprête à préparer ses propres pigments naturels car, nous confie-t-elle, « je pars du principe que la nature reprend toujours ses droits ».

 

Orpin 6
Rita Alaoui, Orpin 1, 2022, acrylique et sticks à l’huile sur toile de lin brute, 210 cm x 250 cm Courtesy de l’artiste © Rita Alaoui, 2023

À la une

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, carrefour des modernismes arabes et africains en pleine évolution 

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...

Centre international du commerce extérieur du Sénégal (CICES), Dakar, conçu en 1971-1974 par les architectes Jean-François Lamoureux et Jean-Louis Marin. Photo © Michel Fegyveres

Le MoMA explore l’Afrique des indépendances

Le MoMA opère un virage vers les modernismes africains. Avec « Architects of Liberation : Modernism in Western Africa », visible jusqu’au 2 janvier 2027,...

[EDITO #77] Et si c’était la fin du paradigme de l’émergence ?

Le numéro d’automne est toujours un commencement. Cette année, au moment où tout commence – les grandes expositions muséales, les biennales, les ventes d’automne, les...