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Saïdou Dicko, à l’ombre de l’enfance

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Traqueur d’ombres depuis ses débuts, le peintre et photographe Saïdou Dicko réconcilie ses deux passions dans la série The Shadowed People, où la trame de motifs textiles rencontre celle des récits enfantins. Un inlassable conteur d’innocence et d’universalité.

Avec Saïdou Dicko, on est prévenu d’emblée. L’artiste burkinabé, autodidacte, n’est pas très à l’aise avec l’exercice de l’interview : « Je n’aime pas parler de mon travail. Je préfère écouter les autres, pendant les vernissages par exemple, j’en apprends beaucoup. Plutôt que mon discours, c’est votre vision à vous qui est intéressante, c’est ça qui est important pour moi. » Saïdou Dicko s’est fait connaître en 2006, quelques mois seulement après avoir débuté la photographie. Il décroche alors le Prix de la Fondation Blachère à la Biennale de Dakar, avec ce qui deviendra la série Shadow Thief, « le voleur d’ombre », où il capture dans la rue l’ombre portée de silhouettes anonymes. Les laissant sans visage et presque isolés de leur contexte, on aurait pu croire à un vol d’identité – et donc de parole – de ses modèles. C’est en réalité tout le contraire.

Originaire de Déou, un village de la région du Sahel, les ombres accompagnent Saïdou Dicko depuis son enfance. Alors berger pour aider sa famille, à l’âge de 5 ans, il commence par tracer dans le sable les contours des formes qui l’entourent : arbres, buissons, brebis, rochers… selon l’ombre qu’elles dessinent sur le sol. Déjà, l’essence de la forme semble le fasciner. C’est ce qui a guidé sa première série, et encore la dernière en date, The Shadowed People. Se présentant lui-même comme peintre et dessinateur avant tout, aussi vidéaste, la photographie n’est pas son médium de prédilection. D’ailleurs ses récentes images réconcilient enfin peinture et photographie, comme un signe de maturité.

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Dans The Shadowed People, on retrouve ses protagonistes favoris – enfants et jeunes adolescents – recouverts d’encre noire, ne laissant apparaître aucun signe distinctif, hormis le décor qui les entoure. Loin d’être une annihilation, la volonté plastique et poétique de Saïdou Dicko est en réalité de leur donner (presque) toute la place. « Ce n’est pas un acte de revendication, mais plutôt un geste enfantin, par désir d’universalité mais aussi pour stimuler un imaginaire. » Car leur corps est, paradoxalement, d’autant plus présent.

Les ombres de Saïdou Dicko sont magnifiées par le fond, qui accentue le discours à l’œuvre. « Lorsque les fonds de mes photographies ne me satisfont pas, je les invente. Je gomme numériquement l’arrière-plan originel et j’applique la trame de tissus que je glane un peu partout, comme une deuxième photo dans la photo. J’aime mélanger ces deux réalités, car on peut lire à travers ces deux grilles. » Ces motifs chamarrés extraits de tissus autant africains qu’européens sont aussi un clin d’œil aux décors peints des studios de quartier, premier contact de Saïdou Dicko avec la photographie.

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Si ses photos semblent posées, c’est la spontanéité de l’enfance que l’artiste traque inlassablement. Les silhouettes sont celles des enfants de sa grande famille au Burkina Faso, qu’il retrouve au moins une fois par an. Là, il se mêle aux joyeuses séances de jeu organisées dans la cour de la maison familiale, en essayant de se faire oublier. « Je fais semblant de jouer ou de regarder mon téléphone, et je fais des captures. J’écoute leurs histoires et je les retranscris à travers mes images. Comme Confortable in business class, où l’un d’eux s’imagine prendre l’avion. C’est la vie ordinaire qui se transforme en quelque chose de merveilleux, au-delà du contexte difficile autour d’eux. C’est ça ce que je trouve beau dans l’enfance, et que je veux partager. »

Les récits de l’enfance, c’est là que se trouve la clé de son œuvre : donner la parole, même silencieusement, à cet univers enfantin qu’il semble vouloir porter sous la lumière, autant qu’il souhaite le préserver. Une amulette protectrice se retrouve d’ailleurs au-dessus de la tête de ses modèles, une croix d’origine peule tirée d’un tissu qui a bercé sa propre enfance. Elle aussi est source de plusieurs récits, car Saïdou Dicko en recueille toutes les interprétations : croix chrétienne, symbole berbère, motif de mosaïque islamique, etc. Pour lui, c’est le symbole du « plus », celui qui met l’humanité au-dessus de toute considération. La même universalité qu’on retrouve dans ces histoires enfantines qu’il immortalise : « Quand j’écoute les enfants, c’est ça qui me fait avancer. »

Marie Moignard

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