Snapshot : Anne-Lise Broyer / Photographier l’absence

Deux photographies argentiques en noir et blanc sont posées côte-à-côte. Celle de droite, prise à Sidi Bou Saïd, en Tunisie, montre une femme de dos contemplant la mer à l’horizon. Celle de gauche, réalisée à Tanger, présente au premier plan un arbuste, vraisemblablement méditerranéen, courbé de façon inhabituelle, comme si un mauvais génie avait cherché à le tordre. Au loin, se perçoit le même horizon maritime. Entre les deux, se situe une absence, un non-dit. L’arbuste – est-il en fleurs ? – prend alors la forme d’une couronne mortuaire. Une mère serait-elle en deuil de son fils ? Le mot de harraga sonnerait ici faux. Nous parlons d’un fils ou d’un frère, d’un proche devenu si lointain. Un enfant peut-être, dont le montage photographique a la pudeur de taire même l’absence. La Méditerranée est aussi un tombeau et ces deux photographies issues de l’exposition et du livre éponyme de Anne-Lise Broyer, Méditerranée, Est-ce là que l’on habitait ?, disent ce qu’il y a de plus beau et de tragique en l’homme : sa capacité à se recueillir, dans le gris de la mer et le silence des atomes qui continuent de décliver comme autant de grains donnant toute son aura à ces images.

"Tanger (Maroc)" / "Sidi Bou Saïd (Tunisie)", 2017-2026, Anne-Lise Broyer, tirage argentique.