[Snapshot] L’éloge de la lenteur de Mustapha Azeroual

Un artiste | une œuvre. Chaque semaine, diptyk décrypte pour vous les dessous d’une peinture, d’une photo ou d’une installation.

AZEROUAL
MUSTAPHA AZEROUAL, ELLIOS#1, 2016, ÉPREUVE À LA GOMME BICHROMATÉE MONOCHROME COURTESY DE L’ARTISTE ET CULTURESINTERFACE

Sept jours. Sept jours pour faire une prise de vue. Sept jours pour faire apparaître une image sur du papier. Mustapha Azeroual est parti à rebours de l’agitation incessante du monde et de ses milliards d’images instantanées. Vite produites et vite consommées. Vite oubliées aussi. Se poser devant ces trois vues de l’Atlas, c’est prendre un temps d’arrêt. Revenir en arrière. Comme au temps des expéditions photographiques du XIXe siècle, Azeroual a transbahuté un appareil photo d’un mètre de large à dos de mule à travers les contreforts de l’Atlas, pour travailler avec le procédé ancien de la gomme bichromatée. Revenir à soi. Comme un derviche soufi tourne sur lui-même, le photographe a tourné autour de sa montagne. Dans les deux cas, le centre n’a pas d’importance. Le sujet non plus. Ce qui compte, c’est prouver que ce qui rend les choses visibles n’est pas visible. On ne peut pas « voir » la lumière. On ne peut qu’appréhender les contours de ce qu’elle fait apparaître, avec lenteur, à l’œil comme à l’esprit.

Marie Moignard

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