[Snapshot] Pour Abdelkader Benchamma, sous la Terre, les étoiles

Un artiste | une œuvre. Chaque semaine, diptyk décrypte pour vous les dessous d’une peinture, d’une photo ou d’une installation.

benchamma
Abdelkader Benchamma, sous la terre, des étoiles, 2016, 280 x 280 cm courtesy de l’artiste et kulte gallery

Les dessins d’Abdelkader Benchamma explosent de rêveries cosmiques. Mieux que quiconque, le virtuose joue des vides et des pleins, des noirs et des blancs. Son trait exigeant sculpte minutieusement, inlassablement, des univers mouvants aux forces insaisissables. Triturée, la matière nébuleuse valse et tourbillonne: monolithe ici, nuée là.  Avec son projet SOUS LA TERRE, DES ÉTOILES (2016), la matière s’impose pourtant directement à lui. Le marbre monumental remplace la feuille de papier, la gravure le crayon. Posées à livre ouvert, les quatre plaques forment un macrocosme veiné sur lequel Benchamma écrit sa propre cosmogonie: masses et trous noirs finement gravés disparaissent presque entre les nervures de la roche. La main de l’homme est bien peu de choses semble-t-on nous dire. Pourtant, tel un test de Rorschach, la symétrie voulue par le dispositif nous renvoie dans un même mouvement à l’univers de la psychologie, celui dans lequel l’homme est le centre du monde. Car telle est bien là toute la tension inhérente au travail de Benchamma: microcosme (le spectateur) et macrocosme (le marbre), centre et périphéries se font sans cesse écho. Tout devient relatif. Rien n’est gravé ad vitam eternam.

Emmanuelle Outtier