Entre abstraction minérale et mémoire enfouie, l’artiste autodidacte fait émerger des paysages intérieurs où la matière semble révéler un monde plus intense encore que le réel.
Par Meryem Sebti
Frontière minérale, 2025, huile sur toile, 200 x 250 cm
Loin de toute rigueur académique, le parcours de Souad Bennani Smires est lent, heurté, fait d’expérimentations solitaires, de reprises, d’abandons et d’écarts. Avançant à rebours, elle construit une écriture puissante. Une sensation de surface vivante, presque organique, comme si la peinture avait précédé le regard. L’œuvre procède d’un déplacement d’échelle : des structures proches de l’infiniment petit, presque cellulaires ou minérales, sont portées à des grands formats étendus jusqu’à devenir paysages abstraits. Par la stratification, la matière, les accidents contrôlés, Souad Bennani Smires fait affleurer un monde invisible qui semble paradoxalement plus réel que le réel lui-même.
On pense à une forme d’art pariétal contemporain, un geste analogue qui consiste à inscrire sur la surface une mémoire qui précède l’image. Faisant surgir des traces plutôt que des figures, sa peinture révèle plus qu’elle ne représente. C’est peut-être là que se joue son travail : dans cette tension entre apparition et enfouissement, entre ce qu’elle montre et ce qui pulse mais persiste à rester en dessous.
Sédiment, 2025, technique mixte, 160 x 180 cm