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[Books] Street art : de la contestation à la normalisation ?

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Festivals, collectifs… Le street art a gagné, ces dernières décennies, une visibilité sans pareille. Petit Tour du continent africain en compagnie de Cale Waddacor qui publie l’exhaustif ouvrage Street art Africa.

De l’Afrique du Nord à l’Afrique australe, le livre abondamment illustré de Cale Waddacor, Street art Africa, passe en revue les différentes manifestations liées à l’art urbain sur le continent africain et propose en filigrane le portrait d’une génération, souvent férue de hip-hop et éprise de libertés, sans être pour autant libertaire.

Alternant portraits de graffeurs et focus sur des initiatives locales tels que les festivals JIDAR au Maroc ou Festigraff au Sénégal, l’auteur documente l’effervescence artistique de scènes cherchant à investir l’espace public en abordant souvent des sujets de société relativement consensuels voire en s’adossant à des campagnes publiques de prévention. « Donnez-moi de la couleur et je changerai le monde », revendique ainsi le graffeur sénégalais MOW 504, là où l’artiste marocain Tricks 54 explique créer « pour la liberté, pour donner des bases à la jeune génération et pour que [son] pays ait une histoire du graffiti ».

Sans doute la clandestinité du graffiti fut-elle réactivée, comme le suggère l’ouvrage, lors des Printemps arabes, en Tunisie ou en Égypte avec les figures de proue que sont l’Égyptien Ganzeer ou le Franco-Tunisien eL Seed, auteur d’une fresque anamorphique au Caire absolument monumentale !

Dbongz et Senzart911, Johannesbourg, Afrique du Sud, 2019
Visuels de gauche à droite : Bakr, Childhood, Casablanca, Maroc, 2019/ Normal. Casalouja: Urban Art Wave, Casablanca, Maroc, 2017/ Lmnt, Say. Annaba, Algérie, 2018

D’une région à une autre, les styles varient : si en Afrique du Nord reste en vogue le calligrafiti, en Afrique australe ou en Afrique de l’Est, les artistes n’hésitent pas à représenter les figures emblématiques du continent tels que Nelson Mandela ou Thomas Sankara.

L’ouvrage aurait gagné à insister davantage sur l’hybridation entre motifs vernaculaires et un vocabulaire plastique devenu aujourd’hui mondialisé, à l’image de la pratique de l’artiste égyptien Nofal O-one revisitant l’iconographie de l’Égypte antique. Sans être hagiographique, le livre pointe enfin deux problèmes récurrents : le difficile accès à un matériel de qualité nécessitant parfois d’avoir recours à des techniques alternatives et la sous-représentation d’artistes femmes, à l’exclusion peut-être de la graffeuse activiste soudanaise Assil Diab alias Sudalove, basée entre Khartoum et Doha ou l’artiste sénégalaise Dieynaba Sidibe alias Zeinixx. Le street art ne gagnerait-il pas à faire sa révolution féministe ?

Olivier Rachet

Street art Africa, Cale Waddacor, éditions Alternatives
Visuel en couverture : Sitou, Human &technology, Lomé, Togo, 2018
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