Touria El Glaoui : « L’art moderne prend une place grandissante à 1-54 »

Pour sa 6e édition, 1-54 Marrakech reprend ses quartiers à La Mamounia et à l’espace d’art DaDa, place Jamaâ el-Fna. Avec de nouveaux participants et une ouverture vers l’art moderne, la foire de Touria el Glaoui se renouvelle.
Que nous réserve l’édition 2025 ?
Nous accueillons cette année une trentaine d’exposants, dont beaucoup sont de nouveaux participants, ce qui signifie qu’ils présenteront des artistes encore jamais vus au Maroc. Je pense par exemple à la galerie Farah Fakhri de Côte d’Ivoire, à Hunna Art du Koweït, mais aussi à la galerie japonaise Space Un. Comme 1-54 Marrakech est une boutique fair, c’est important qu’il y ait du renouveau. Pour la première fois, nous aurons aussi un stand consacré aux modernes du Maghreb, avec la galerie tunisienne Le Violon Bleu. Je suis ravie de voir l’art moderne prendre une place grandissante à 1-54. Nous avions parfois l’impression de sauter une étape en nous concentrant principalement sur l’art contemporain, mais une génération antérieure, qui a inspiré ces contemporains, mérite également d’être représentée. Nous voulons soutenir les galeries qui souhaitent leur offrir la visibilité qu’elle mérite. Nous avons amorcé cela à Londres en octobre, nous poursuivons cet élan à Marrakech.

Cette année, un tiers des galeries sont marocaines…
Cette présence nord-africaine à Marrakech est importante. 1-54 a toujours essayé de montrer une Afrique unifiée en termes de représentation des artistes mais, malgré nos efforts, une frontière invisible semble persister entre l’Afrique du Nord et le reste du continent. À Londres, par exemple, l’Afrique de l’Est ou australe sont plus présentes. Au Maroc, cela nous permet de contrebalancer. Grâce à l’édition de Marrakech, nous avons une foire plus complète et une représentation véritablement équilibrée.

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Vue extérieure de La Mamounia. © Salah Bouade

Comment se porte le marché ? L’Afrique a-t-elle encore le vent en poupe ?
L’écosystème commercial est plutôt difficile, mais cette situation est générale et non spécifique au marché africain. Cela dit, ce contexte ne semble pas affecter Marrakech et c’est tant mieux ! D’une manière générale, l’Afrique et ses scènes artistiques suscitent toujours autant d’intérêt. De plus en plus de personnes se déplacent sur le continent pour découvrir les manifestations culturelles in situ. Lors de mon périple à Lagos, Accra et Abidjan, j’ai croisé des représentants d’institutions telles que la Serpentine et la Tate. Le continent s’intègre de plus en plus à un écosystème international. Cette tendance marquante représente un véritable atout, qui n’existait pas lorsque j’ai commencé à préparer la première édition de la foire à Londres en 2011.On constate aussi que l’Afrique occupe désormais une place centrale dans les célébrations culturelles mondiales qu’il s’agisse de cinéma, de musique ou d’art.

Ce qui se vérifie avec la nomination de Koyo Kouoh à la tête de la Biennale de Venise en 2026…
Cette nomination est en effet un grand moment. C’est une personne que j’estime énormément. C’est un peu mon « partner in crime » puisqu’elle a pris en charge le programme éducatif de 1-54 pendant plusieurs années. Qu’elle soit la première femme africaine à occuper ce poste est un jalon pour nous tous.

Comment envisagez-vous l’avenir de 1-54 Marrakech dans ce contexte plutôt favorable à l’Afrique
J’espère investir de nouveaux espaces, en réponse à la demande croissante. J’aimerais qu’au Maroc, comme c’est déjà le cas à Londres ou à New York, nous parvenions à inclure davantage de diasporas et d’artistes d’ascendance africaine. C’est un aspect que nous mettons beaucoup en avant, notamment aux États-Unis, alors qu’au Maroc, nous restons naturellement très focalisés sur les artistes du continent. Cela s’explique par la jeunesse de la foire, mais à terme, j’aimerais que nous puissions également engager davantage le Sud global sur le territoire africain.
La rédaction