D’une écriture à la fois enjouée et érudite, le roman graphique du dessinateur Aurel, Méditerranée, Histoires d’un continent kaléidoscope, enthousiasme littéralement. Nourri par des rencontres avec des linguistes ou des historiens, le livre dessine le caractère ambivalent d’un lieu aussi bien de « fiction » que de « friction », pour reprendre les mots de Patrick Boucheron. Spécialiste de l’agriculture, Guillem Pérez-Jordà établit un parallèle saisissant entre la route suivie par les Syriens en exil et celles de l’expansion de l’agriculture dans le bassin méditerranéen. Professeur à Florence, M’hamed Oualdi nuance l’intérêt que les pays du Nord portent à la Méditerranée, rappelant que les migrants du Sud restent toujours rejetés et l’islam, incompris. « Dans la même eau, certains se baignent et d’autres se noient », constate l’auteur, qui relate aussi le destin d’un jeune Éthiopien féru d’histoire et contraint à l’exil. Avec de nombreuses cartes à l’appui, toutes plus pédagogiques les unes que les autres, Aurel rend compte de la complexité d’une aire géographique et historique, « berceau de l’alphabet et des trois religions monothéistes », mais essentiellement « duale » – occidentale et orientale. Une utopie, source de rêves et de conflits, dont la gastronomie et l’huile d’olive restent peut-être ce que de nombreux êtres, de part et d’autre de la Méditerranée, gardent encore en partage.
Par Olivier Rachet
Méditerranée, Histoires d’un continent kaléidoscope d’Aurel, éditions Futuropolis, 224 p., 340 DH