Un salon des artistes émergents, pour construire un pré-marché ?

Le premier salon consacré aux artistes émergents de l’art contemporain se tient à Casablanca durant tout le mois de novembre. Une occasion de découvrir des artistes plus ou moins prometteurs et de miser sur les valeurs de demain. 
En ce mois de novembre, la Villa des arts de Casablanca prend des allures de salon international. Un chapiteau monté sur le parvis accueille, dans un éclairage ne mettant pas toujours en valeur les œuvres, plusieurs artistes émergents. Ils sont issus des Beaux-Arts de Casablanca, de Tétouan ou sont autodidactes. Les œuvres ont été sélectionnées par un jury composé notamment de l’historienne de l’art Fatima-Zahra Lakrissa, de Hicham Bouzid fondateur de Think Tanger, de la fondatrice de Think Art, Salma Lahlou ou de l’artiste et professeur Hassan Echaïr. Organisé par Ilyass Alami-Afilal, fondateur de l’association BASMA (Beaux-Arts Solidarité Maroc), le salon se situe dans le prolongement de l’exposition « La Friche éphémère de Casablanca » programmée en février dernier à Casablanca, ayant mis à l’honneur 55 artistes émergents. 

WhatsApp-Image-2024-11-11-at-14.53.19-(2)
Aissa Joud

Cette première édition présente des œuvres inégales, comme il est d’usage dans ce type de manifestation. Sous le chapiteau prédomine l’esthétique dominante d’une partie de la jeune production peut-être surexposée aux réseaux sociaux et pastichant aussi bien une peinture néo-expressionniste qu’une abstraction géométrique mal digérées. Très vite, les sculptures hybrides de Yassine Chraïbi ainsi que les photographies de Mohamed Ahnach et de Mourad Fedouache, tous deux lauréats de l’émission Dream artist, arrivent néanmoins à se détacher du lot. 

WhatsApp-Image-2024-11-11-at-14.53.19-(1)
Ilyass Baha

À l’intérieur de la Villa des arts, des œuvres plus abouties attendent le visiteur dont les lecteurs de Diptyk ont pu souvent découvrir le travail prometteur. On y retrouve la peinture subtilement surréaliste d’Amina Azreg, le trait expressif de Zyad El Mansouri. On a plaisir à voir évoluer vers des couleurs plus chaudes la palette de Kamal Saki représenté ici par Matisse Art Gallery de Marrakech, à retrouver l’énergie des volutes d’Ayoub Amrani dont on attend de découvrir des formats plus ambitieux. Les fusains sur papier de Aymane Aït Yahya représentant des refuges fragiles de coussins frappent enfin par la précision de leur trait. On s’interroge aussi sur la finalité d’une programmation qui fait la part belle aux workshops et aux échanges avec des professionnels du monde de l’art. Sont ainsi organisés différents ateliers d’initiation animés par des artistes peintres, sculpteurs, photographes ou calligraphes, ainsi que des Masterclasses consacrées notamment à la peinture cellulosique, au dessin, à la photographie ou à la gravure contemporaine, en compagnie d’Abdelkébir Rabi’ ou de Jafaar Akil. 

WhatsApp-Image-2024-11-11-at-14.54.03
Younes Saden

De leur côté, les œuvres destinées à la vente et accompagnées d’un QR code renvoyant à la plateforme 55 (www.laplateforme55.org) créée par Ilyass Alami-Afilal pour référencer et promouvoir les artistes émergents, semblent vouloir faire émerger un premier pré-marché dont les vertus seraient peut-être de lisser les prix, tout en proposant aux artistes un accompagnement : « L’idée est de préparer les jeunes à une attitude positive et constructive par rapport au marché, précise Ilyass Alami-Afilal. Un prix ça se réfléchit, ça se compare, ça s’étudie. Il me semble important de les aider à construire leur prix par rapport aux futures opportunités qui leur seront offertes. » Projet louable dont l’avenir nous dira s’il réussira à porter ses fruits. Par Olivier RachetPremier Salon national des artistes contemporains émergents, Villa des arts de Casablanca, jusqu’au 30 novembre 2024. Liens pour s’inscrire aux ateliers d’initiation et aux Masterclasses : https://linktr.ee/ateliersGP, https://linktr.ee/lesalondecasablanca.  

WhatsApp-Image-2024-11-11-at-14.53.19
Ayman Ait Yahya

À la une

Vue de la Somerset House lors de la 14e edition de 1-54 Londres

1-54 Londres : l’effet tremplin

Treize ans après sa création, la foire 1-54 a-t-elle réussi son pari ? Pensée comme une plateforme de visibilité internationale pour les galeries et artistes...

Vue du stand de La Loft Art Gallery, Frieze Masters 2026. © David Owens

Londres, hub des modernismes arabes et africains

À Londres, Frieze Masters et 1-54 accordent une place croissante aux modernismes arabes et africains longtemps marginalisés par l’histoire de l’art occidentale. Au-delà de leur...

Vue de l'installation Hold de Tarek Atoui à la Tate Modern. © Tate Photography / Yiil Liu.

Des sons pour les yeux las : Tarek Atoui à la Tate Modern

Dans le Turbine Hall de la Tate Modern, l’artiste libanais Tarek Atoui déploie Hold, une installation sonore immersive dont notre auteure Vamika Sinha livre une...

Toni Maraini enseigne l’histoire de l’art à l’École des beaux-arts de Casablanca, 1965. Photo : Mohamed Melehi, courtesy des archives Toni Maraini.

Toni Maraini, aux avant-postes de la modernité marocaine

L’historienne et critique d’art Toni Maraini, qui enseigna aux Beaux-Arts de Casablanca de 1964 à 1972, est à l’honneur de la 47e édition du Moussem...