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Vingt ans du Musée Bank Al Maghrib, quand le billet de banque rencontre l’art

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L’exposition « Une archéologie des images, Le billet de banque marocain au prisme de l’histoire et de l’art », sous le commissariat de l’historienne de l’art, Nadia Sabri, confronte documents d’archives relatifs à l’impression des billets de banque et œuvres artistiques, dans un souci de comprendre comment se forgent les représentations. Une exposition d’envergure qui fera date !

« Le billet de banque marocain est aussi un témoignage de l’histoire de l’art », soutient l’historienne de l’art, Nadia Sabri, qui a travaillé à partir du fonds exceptionnel de la collection de Bank Al-Maghrib afin de bâtir une exposition qui sort des sentiers battus. La curatrice s’interroge ainsi, à partir de documents d’archives constitués de planches ethnographiques, d’épreuves réalisées par des figures emblématiques de l’art moderne (artistes peintres et graveurs collaborant à l’époque coloniale avec la Banque de France), sur la façon dont s’est forgé un code iconographique dont nos représentations héritent. « Mon hypothèse, explique la curatrice, est que la modernité au Maroc n’a pas été introduite seulement par l’architecture, mais aussi par les billets de banque. »

Sous le Protectorat, alors que les billets sont frappés par la Banque de France, deux codes visuels prédominent. L’un emprunte ses motifs à une tradition hispano-mauresque célébrant avec pittoresque le Maroc impérial, l’autre se rattache à des motifs plus vernaculaires d’une culture berbère magnifiée, qui atteint notamment son apogée avec la représentation des Kasbahs du sud marocain immortalisées par le peintre Jacques Majorelle. Aux lendemains de l’Indépendance, apparaissent de nouveaux codes visuels faisant apparaître la figure du souverain, au recto des billets ; puis au verso, dans une iconographie « quasi socialiste », les grands chantiers mis en œuvre par l’État.

détail de l'exposition

L’exposition, d’un didactisme peu appuyé, permet au spectateur de déambuler à travers des rapprochements laissés libres entre une construction de motifs officiels et des imaginaires artistiques qui y puisent, plus ou moins consciemment, toute leur sève. Que l’on songe à la façon dont un peintre comme Cherkaoui revisite le motif du signe berbère ou Majorelle celui des lignes à chevron qui préfigurent irrésistiblement le motif de l’onde cher à Melehi ! « Mon parti pris, ajoute Nadia Sabri, a été de dépassionner notre rapport à l’histoire coloniale, de la prendre aussi comme une histoire commune et partagée que l’on ne peut compléter que par une poétique de la relation, pour reprendre les mots d’Édouard Glissant ».

Point d’orgue d’une exposition époustouflante d’intelligence, une dernière salle immersive confronte le visiteur à des tableaux de maîtres de l’époque moderne, souvent inédits, qui font face à des panneaux agrandis de billets de banque dont les motifs, à l’époque coloniale, peuvent être empruntés à l’Art Nouveau. Ou comment, pour conclure sur les mots de la commissaire, « se réapproprier son regard » ou écrire « une autre histoire de la nuance ».

Olivier Rachet

Exposition « Une archéologie des images, Le billet de banque marocain au prisme de l’histoire et de l’art », MMVI, du 4 juillet au 31 octobre 2022.

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