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Walid Marfouk: Un théâtre de l’imaginaire

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C’est la découverte de cet hiver à Marrakech. Pour sa première série, le jeune photographe plonge dans son histoire familiale pour livrer un conte plein de mystère et un contrepoint très personnel aux images médiatiques sur le monde arabe.

Retenez bien son nom, car Walid Marfouk semble être la prochaine coqueluche de la jeune photographie marocaine. À 22 ans, ce Marrakchi formé en France et aux États- Unis a la tête bien faite et a déjà su convaincre les plus exigeants. Pour ses premiers pas de photographe au Maroc, il présente ses œuvres en simultané avec la galerie Tiwani Contemporary à la foire 1-54 Marrakech (voir dossier p. 66), au MACAAL (voir article

p. 30) et à Dar Moulay Ali. Les murs de l’ancien consulat de France résonnent parfaitement avec sa toute première série Le Riad (2017), qui prend pour décor la majestueuse demeure de son arrière- grand-père, le caïd Layadi. Un travail à multiples entrées, à la fois légende familiale, intrigue à tiroirs et conte fantasmagorique. Regarder ces images revient à traverser le miroir d’Alice. Son héroïne ? Sa tante, parfois entourée d’autres personnages comme un cousin, une nounou ou Marfouk lui-même. Dans ses mises en scène à forte charge symbolique, son actrice principale reflète la subjugation du photographe par les femmes de sa famille. « L’idée féministe du pouvoir de la femme, je l’ai découverte aux USA. Mais j’ai grandi dans un milieu de matriarches puissantes qui avaient l’autorité en général et sur moi en particulier. » Chez Marfouk, la « femme d’intérieur » se confond alors avec le riad lui-même, devenu son théâtre et son royaume. Un homme compte pourtant dans cette mythologie personnelle : son grand-père, propriétaire du cinéma Le Colysée où le petit Walid passait ses mercredis après-midi, a forgé son imaginaire par des récits mêlant histoire familiale et nationale. Il lui rend hommage dans une photographie où sa tante apparaît telle une star flamboyante, mi-Oum Keltoum, mi-Asmahan. La lumière si particulière de Marfouk rappelle le cinéma et l’univers inquiétant d’un Hitchock, utilisant l’éclairage directionnel typique de cette époque. Loin d’être passéiste, il s’inspire aussi de

la photo contemporaine, notamment de virtuoses de la mise en scène comme Cindy Sherman. La photographie, Walid Marfouk est tombé dedans quand il était petit. À l’université de Princeton, il découvre la magie de la chambre photographique 4×5. Comme pour Hicham Gardaf ou Houda Kabbaj, l’argentique est un graal que la nouvelle génération chérit avec conviction. Walid Marfouk l’utilise pour son ancrage dans le temps, mais aussi en réaction aux images actuelles diffusées dans les médias. Alors qu’il feuillette un numéro spécial Moyen-Orient du New York Times en 2016, il éprouve un malaise quasi physique devant les illustrations ne montrant que des conflits, des femmes voilées et des visages affligés. « J’ai toujours su que les pays de culture musulmane pouvaient véhiculer cette image, mais ça m’a choqué que ce grand magazine leur dédie un objet aussi ambitieux qu’une édition complète et

qu’il reste coincé dans ces formes de représentation anonymes et plates. » Sa série Le Riad est née de cette réflexion envers la vision stéréotypée de l’Occident. Fait notable, il imagine ses photographies dans son studio à Brooklyn et les réalise ensuite à Marrakech, seul lieu de création possible pour lui jusqu’à présent. « Travailler sur les représentations est une solution en elle-même. » Dans cette réponse à l’image par l’image, Marfouk a trouvé son langage de photographe.

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