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[Work in progress] La chasse à l’homme de Yasmine Hatimi

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Diptyk continue de cartographier la jeune scène marocaine. Pendant le confinement, la photographe Yasmine Hatimi poursuit son exploration sensible des masculinités pour casser les stéréotypes qui entourent l’homme maghrébin. 

D’une traque à l’autre. Yasmine Hatimi se souvient encore avec colère de la une d’un magazine ayant couvert les attentats perpétrés à Barcelone en 2017. On y voyait les portraits de jeunes hommes, pour la plupart résidents européens, dont un titre volontairement tape-à-l’œil précisait « Terrorisme, Born in Morocco ». Pour cette jeune photographe qui a suivi des études de cinéma en Espagne, la volonté d’en découdre avec ces visions stéréotypées de la jeunesse marocaine ou d’origine maghrébine, fut le moteur d’un projet en cours intitulé La chasse aux papillons. Donner à voir – comme s’y emploie d’ailleurs M’hammed Kilito – le portrait d’une génération férue d’images et de plus en plus éprise de liberté, est le leitmotiv de cette artiste : « On a un regard beaucoup trop figé sur les jeunes au Maroc. Beaucoup rêvent d’ailleurs d’un autre modèle de société ».

©Yasmine Hatimi

Comme à la chasse, Yasmine Hatimi traque littéralement ses modèles, aussi bien sur les réseaux sociaux que dans les rues casablancaises. Fleuristes, jeunes souvent en bande, danseurs, vendeurs à la sauvette ; la photographe n’hésite pas à aborder ces jeunes hommes en leur proposant de leur tirer le portrait. « On dirait que je les kidnappe, commente-t-elle, pour mieux les regarder. » Les modèles sont invités à quitter le groupe et leur milieu urbain pour une séance-photo à la périphérie de la ville. Adepte des selfies et des poses vantardes, cette jeunesse se laisse pourtant séduire par le projet bucolique de la photographe faisant suite à sa précédente série Les nouveaux romantiques dans laquelle de jeunes hommes étaient invités à tendre une fleur de leur choix.

©Yasmine Hatimi

Pour ce projet tendrement subversif, où se révèlent à la fois la fragilité masculine et l’audace d’un regard féminin n’ayant pas peur de son désir, la photographe privilégie la lenteur des tirages argentiques comme s’il s’agissait de sortir d’un cocon protecteur pour mieux éclore à la vie. La chasse aux papillons est ouverte !

Olivier Rachet

©Yasmine Hatimi
©Yasmine Hatimi
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