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[Work in progress] Sur la route avec Nassim Azarzar

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Confinement oblige, Nassim Azarzar a exploré autrement son projet “Bonne route” qui prend comme point de départ l’univers des camions et ce faisant, la notion de mobilité. Il en fait un champ d’expérimentation vidéo inventif qui n’a rien à envier au projet initial.

Assurément, l’immobilité due au confinement n’est pas tombée à pic pour Nassim Azarzar. Travaillant depuis quelques temps sur le projet Bonne Route, ce lauréat de l’École Supérieure d’Art et de Design d’Orléans, spécialisé en design graphique, s’intéresse à la mythologie visuelle qui entoure l’univers des camions. C’est en effectuant des allers-retours entre Tanger et Rabat – où il a travaillé avec Hicham Bouzid et Amina Mourid à la création de la plateforme Think Tanger et de l’atelier de sérigraphie Kissaria –, que l’inventivité graphique de leurs ornementations lui est apparue.

Il se met alors à scruter les stickers collés sur les pare-brise, les structures lumineuses clinquantes ou les dessins des garde-boue représentant souvent la route sur laquelle les engins circulent. Effet de mise en abyme saisissant qu’il tente de reproduire dans ses dessins ! « Ce projet, explique l’artiste, me bouscule dans mes propres acquis. Je réapprends et désapprends à travailler en réfléchissant notamment à la hiérarchie des savoirs. » À l’instar de ses aînés de l’École de Casablanca qui ont  cherché à forger une écriture plastique moderne en s’inscrivant dans une tradition vernaculaire, Nassim Azarzar s’interroge sur les frontières séparant les arts majeurs réputés savants et les arts mineurs considérés comme populaires.

©Nassim Azarzar

Confinement oblige, cette recherche en cours a subi un sérieux coup de frein. C’est alors que Nassim Azarzar se lance, avec brio, dans la réalisation de courtes vidéos expérimentales, en prenant appui sur les motifs préalablement dessinés. Muni d’une simple paire de ciseaux, il découpe dans le papier des formes qu’il peint ou colorie, imbrique ces structures colorées les unes avec les autres, puis les dépose sur une platine vinyle qu’il fait tourner.

Comme au cinéma ou dans un rétroviseur, tout est alors affaire de cadrage : le choix de plans larges, qui s’accompagne parfois d’effets de superposition,  donne à voir un paysage de formes et de couleurs en perpétuel mouvement. Une dialectique de l’apparition et de la disparition que tout conducteur connaît bien. Ces « ballets de couleurs où les formes fusionnent et s’effacent à la fois » font irrésistiblement penser aux films expérimentaux des avant-gardes notamment dadaïstes ou au film en noir et blanc Rhytmus 21 de Hans Richter, que l’artiste se plaît à citer. Parlant à propos de ses expérimentations de « films-papier », il ambitionne d’écrire alors ce qui serait « un récit abstrait de la route ». Paradoxe saisissant, en ces temps d’immobilité forcée, où les idées de mouvement et d’entropie impliquent aussi celles d’effacement et de disparition, dans le but un peu fou « d’atteindre, selon les mots de l’artiste, la couleur pure ». 

Olivier Rachet

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