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[Work in progress] Traverser le miroir avec Amina Benbouchta

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Du confinement, que restera-t-il ? Avec Work in progress, nous vous proposons de plonger dans les travaux et réflexions qui animent les artistes pendant cette période de réclusion forcée. Cette semaine, Amina Benbouchta nous invite, en vidéo, dans son espace confiné.

Double contrainte pour Amina Benbouchta. Confinée à Paris chez sa fille, loin de son atelier casablancais, elle assiste, médusée, à une transformation carcérale du monde qu’elle a si souvent mise en scène dans ses différents travaux. Sauf qu’aujourd’hui, « le contrôle va être de plus en plus à l’intérieur de nous-mêmes », précise-t-elle. Comme les motifs de l’enfermement et du piège sont pris désormais par tout un chacun au premier degré et non métaphoriquement, l’idée lui est venue d’explorer le motif ambivalent de la flèche qui, à l’image du virus “va rompre l’ordre des choses”. Cette flèche est analogue à l’amour et à la passion qui peuvent traverser nos existences, en les foudroyant : « c’est la force même de l’art », ajoute l’artiste.

Réalisation : Ambre Tlemçani

Cette thématique de la métamorphose renvoie aussi à l’univers d’Alice au pays des merveilles si souvent exploré par la plasticienne ou au motif volatile du nuage qui lui est cher : « C’est dans les nuages, commente aussi cette passionnée de peinture, qu’a commencé l’abstraction ». Mais elle l’incite surtout à revenir actuellement sur un travail pictural de 2009 inspiré d’une toile de Giotto et intitulé Noli me tangere, en référence à la résurrection christique mais aussi au motif végétal, puisqu’il s’agit en botanique du nom même d’une fleur « qu’on ne peut toucher sans qu’elle explose et que sa semence parte dans tous les sens ». Aussi choisit-elle de s’atteler, à travers ses carnets et l’élaboration d’une maquette, à la conception d’un immense échiquier dans lequel chaque pion reprendrait l’un des éléments de son vocabulaire plastique : nuage, cœur, crinoline, cube, chaise, lit ou quadrilobe. Chaque case de ce jeu d’échecs – qui prendra peut-être au final la forme d’une installation murale –, serait composée d’une petite aquarelle encadrée de métal ; façon de signifier à la fois la grande fragilité de nos vies mises à nu et leur irréductible beauté. Tant l’univers d’Amina Benbouchta, profondément organique, oscille en permanence entre ces contraires que sont la joie et la douleur, l’enfermement et la libération qui ne sont peut-être que l’avers et le revers d’une même médaille ? Façon aussi pour l’artiste de renouer avec ses premiers amours en revenant au langage pictural qu’elle n’a jamais abandonné. « La peinture en elle-même est une métamorphose permanente, conclut-elle. Je reviens toujours à elle. »

Olivier Rachet

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